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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier La duchesse de Luynes → Mme Récamier, 10 juin 1813, Lyon

Livre IL · Livre IL (suite)

La duchesse de Luynes → Mme Récamier, 10 juin 1813, Lyon

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 226 · chapitre 55 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Lyon, ce 10 juin 1813.

« Combien j'aurais besoin, ma belle, de vous voir et de vous parler de mes chagrins! Depuis six semaines, la maladie de ma pauvre charmante a fait . les progrès les plus alarmants. Dans l'intervalle, elle a voulu impérativement faire ce maudit voyage de Grenoble; on a donc cédé à sa volonté. La route, quoique avec deux repos, l'a fort fatiguée. Nous y avons loué deux appartements, nous nous y sommes établies, elle y a reçu cette compagnie qu'elle aime, qui était à ses ordres et lui montrait amitié et intérêt : elle se levait à sept heures pour la recevoir à huit , jusqu'à neuf heures et demie. Elle était extrêmement faible, les crachements de sang sont survenus , nous n'avions de ressources ni en médecin ni en apothicaire ; elle a voulu s'en aller et se remettre sous la direction de M. Socquet.

« Nous sommes revenues ici le 5 mai. J'ai eu le bonheur de trouver un logement près de la maison où nous étions. Mais ma pauvre malade est plus souffrante que jamais ; tout lui déplaît ; il faut lui pardonner, car elle est bien à plaindre : elle crache le pus et a un commencement d'enflure aux pieds et aux mains. Elle voit son état sous les couleurs les plus noires; je crains qu'elle n'ait raison : je suis bien malheureuse. Elle a désiré voir ma fille1, je l'ai mandée, elle sera ici à la fin de la semaine prochaine; elle la distraira peut-être, je ne puis en venir à bout. Ce qui me fait plaisir, c'est que ces Lyonnais dont elle a dit tant de mal viennent la voir tous les jours de huit heures jusqu'à neuf.

1. Mme Mathieu de Montmorency. ↩

« En vous écrivant je regarde de temps en temps votre petit buste2 qui m'a suivie et me suivra j'espère partout : je l'aime, je ne puis dire qu'il me console de votre absence, mais il me fait du bien. J'éprouverais un grand bonheur à vous embrasser, à vous parler de ma peine ; vous vous entendez si bien à charmer que je serais soulagée en vous voyant. En attendant, je vous embrasse, ma belle, de tout mon cœur. »

2. Une réduction du buste de Me Récamier, par Chinard. ↩