Livre IV · Livre IV (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Le mardi 13 août 1822 « Voilà une étonnante nouvelle et un grand changement de fortune1. Hyacinthe est plus heureux que moi; il vous aura vue! Ce moment, si vous l'employez bien, peut arranger tout. Il est probable que la mort de lord Londonderry aura changé les dispositions de Mathieu pour le congrès : car le nouveau ministre ici n'est pas près d'être nommé, et, quand il le serait, il est plus que probable qu'il n'ira pas à Vienne. Il ne resterait •plus aucune objection contre moi, ni aucun rival, si Mathieu à son tour se désistait. Vous me direz : vous avez donc une terrible fureur de ce congrès? Pas du tout. Mais c'est le chemin qui me ramène le plus naturellement, sans démission, sans scène, dans la petite cellule. Voilà tout mon secret. Je vais attendre le cœur bien ému vos premières nouvelles. Ecrivez ! écrivez !
1. La mort de lord Castlereagh, marquis de Londonderry, ministre des affaires étrangères d'Angleterre qui, le 12 août 1822, se coupa la gorge dans un accès de fièvre chaude. Voici le récit que le journal ministériel du temps, the Courier, donnait de ce funeste événement : « Les fatigues extraordinaires de la dernière session du parlement et « les négociations importantes avec les différentes cours de l'Europe « occupaient tellement le temps de lord Londonderry, que ses amis remarquaient avec une vive inquiétude que son esprit n'avait aucun « intervalle de repos, et que l'effet d'une tension aussi continuelle commençait à opérer sur ses facultés morales et physiques. Vers la fin « de la session, et alors que les occupations vinrent à diminuer, son « esprit, qui avait été maintenu en haleine par le travail même, laissa « apercevoir des symptômes de cette lassitude qui suit toujours les efforts trop prolongés. On désira pour lui un changement de scène et « d'occupations, et il fut décidé qu'il représenterait l'Angleterre au congrès de Vérone; son départ avait même été fixé à la fin de la semaine. « Lord Castlereagh espérait lui-même que le voyage lui procurerait de « la distraction et quelque soulagement. « Vendredi dernier, 9 août, en prenant congé de S. M., un tremblement « nerveux et une extrême anxiété répandue sur la personne du noble « lord frappèrent les yeux de tous ceux qui l'entouraient. Le docteur « Bankhead, appelé le soir, trouva le marquis dans un état qui exigeait « des soins; il y avait beaucoup de fièvre et la tête ne paraissait pas « libre; il ordonna l'application de ventouses. Cependant lord Londonderry partit le même soir, accompagné de sa femme, pour sa maison « de campagne de North-Cray. Le médecin alla le voir le samedi, et le « trouva mieux, quoique obligé de garder le lit. Le dimanche, il paraît que « les symptômes furent plus apparents, et que l'aliénation mentale, dont « il avait été atteint par moments depuis le vendredi, devint plus caractérisée. On présume cependant qu'il se trouva mieux le soir, car il dormit dans sa chambre à coucher sans qu'on eût pris d'autres précautions « que d'enlever ses pistolets, ses rasoirs et tous les instruments avec lesquels il aurait pu chercher à attenter à sa vie. Le médecin s'était retiré « tard et reposait dans la chambre voisine. La nuit parait avoir été « calme. Vers sept heures du matin, un domestique appela M. Bankhead, et lui dit que le marquis désirait le voir. Le médecin se « rendit aussitôt dans le cabinet de toilette où il trouva le marquis « debout, en robe de chambre; il dit quelques mots, et an bout d'une « seconde, tomba dans les bras de M. Bankhead. On s'aperçut alors qu'il s'était ouvert l'artère carotide avec un petit couteau. Cet instrument se trouvait dans un porte-lettre qui avait échappé aux recherches des domestiques. « Le marquis de Londonderry était né le 18 juin 1769. » ↩
« Prenez garde à l'objection que je suis utile en Angleterre dans ce moment. Je ne suis bon à rien du tout. Les étrangers ici n'influent en rien sur le choix des ministres, et Marcellus1 et les journaux raconteront les on dit et les nouvelles aussi bien que mo »