Livre V · Livre V
Le duc Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 31 décembre 1822, Val-du-Loup
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«Val-du-Loup, ce 31 décembre 1822.
« J'avais la confiance de recevoir une lettre de vous, aimable amie, quoique vous aimiez peu à écrire ; je ne vous en fais nullement le reproche : car c'était aussi à moi à vous prévenir, d'après la manière si bonne, si délicate dont vous avez été pour moi dans cette occasion. Mon cœur en garde un profond souvenir. Je vous plains réellement de vous trouver ainsi placée entre un ministre sortant et un ministre entrant à la même place : outre l'ennui des pétitions qui ne feront que changer d'adresse, nos rapports gâtés et nos deux dernières lettres en particulier vous causeront un sentiment pénible, que je voudrais adoucir. Vous me reprocherez peut-être d'avoir été un peu sec ; il fallait l'être ou prendre la chose au sensible, ce qui était une véritable duperie.
« Je causerai de tout cela avec vous demain à huit heures ; c'est mon rendez-vous de bonne année auquel je tiens beaucoup.
« Le temps est triste, surtout depuis la neige, la solitude profonde; mais tout cela est très-supportable. Ce qui le serait moins, ce serait l'absence de mes amis.
« Adieu, adieu. Vous savez quelle place vous occupez. Hommages bien tendres. »