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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 29 septembre 1828, Milan

Livre VII

Chateaubriand → Mme Récamier, 29 septembre 1828, Milan

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 232–233 · chapitre 329 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Milan, ce 29 septembre 1828.

« Me voici à Milan pour la sixième fois dans ma vie : j'y suis arrivé hier au soir. Je vous ai écrit de Brigg le 25. Je ne suis pas plus heureux, ni plus gai, de ce côté-ci des Alpes, que je l'étais de l'autre. J'ai pourtant revu un ciel enchanté à Arona, au bord du Lac Majeur, où j'ai couché samedi; mais j'ai bien peur, à en juger par le premier effet, que la belle Italie ait perdu pour moi tous ses charmes : je n'ai plus besoin que de ce qui tient maintenant toute la place, dans une vie dont le temps a déjà emporté la plus grande partie; vous savez qui tient cette place.

« Nous continuons demain notre voyage. Me de Chateaubriand est très-bien ; j'ai eu quelque retour de mon mal de Paris. C'est à Bologne que j'entrerai dans les États de Sa Sainteté. Je ne puis dire encore quel jour je serai à Rome; je vous écrirai d'Ancône. Je vous en conjure, ne tardez pas à venir; vous ne sauriez croire à quel point je suis isolé et malheureux.

« On est allé voir à la poste; s'il y a un mot de vous, je vous le dirai avant de fermer cette lettre. J'ignore absolument ce qui se passe dans le monde : arrivé à l'auberge, je me couche, et je ne me lève que pour partir. Je ne veux rien voir ; je n'ai qu'une pensée, celle de vous revoir bientôt. Vous voyez que j'espère votre voyage.

« Point de lettre. Vous avez peut-être oublié de faire affranchir? Si vous avez écrit, le consul de France ici se chargera de me renvoyer vos lettres à Rome. »