Livre VI
Livre VI (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Après la mort de M. Mathieu de Montmorency, M. de Chateaubriand, voulant s'associer à la douleur de Mme Récamier, composa pour elle une prière qu'on nous saura quelque gré d'insérer ici. Le titre est au pluriel dans l'original, ce qui laisse supposer le projet d'autres compositions analogues ; mais nous croyons être sûr que cette pièce a été la seule de ce genre que M. de Chateaubriand ait écrite.
Prières chrétiennes pour quelques afflictions de la vie pour la perte d'une personne qui nous était chère
« J'ai senti que mon âme s'ennuyait de ma vie , parce qu'il s'y est formé un grand vide, et que la créature qui remplissait mes jours a passé.
« Mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous enlevé celui ou celle qui m'était si chère?
« Heureux celui qui n'est jamais né, car il n'a point connu les brisements du cœur et les défaillances de l'âme. Que vous ai-je fait, ô Seigneur! pour me traiter ainsi? Notre amitié, nos entretiens, l'échange mutuel de nos cœurs, n'étaient-ils pas pleins d'innocence? Et pourquoi appesantir ainsi votre main puissante sur un vermisseau? O mon Dieu! pardonnez à ma douleur insensée! Je sens que je me plains injustement de votre rigueur. Ne vous avais-je pas oublié pendant le cours de cette amitié trompeuse; ne portais-je pas à la créature un amour qui n'est dû qu'au créateur? Votre colère s'est animée en me voyant épris d'une poussière périssable ; vous avez vu que j'avais embarqué mon cœur sur les flots, que les flots, en s'écoulant, le déposeraient au fond de l'abîme.
« Être éternel, objet qui ne finit point et devant qui tout s'écroule, seule réalité permanente et stable, vous seul méritez qu'on s'attache à vous; vous seul comblez les insatiables désirs de l'homme que vous portez dans vos mains. En vous aimant, plus d'inquiétudes, plus de crainte de perdre ce qu'on a choisi. Cet amour réunit l'ardeur, la force, la douceur et une espérance infinie. En vous contemplant, ô beauté divine. on sent avec transport que la mort n'étendra jamais ses horribles ombres sur vos traits divins.
« Mais, ô miracle de bonté! je retrouverai dans votre sein l'ami vertueux que j'ai perdu ! Je l'aimerai de nouveau par vous et en vous, et mon âme entière, en se donnant, se retrouvera unie à celle de mon ami. Notre attachement divin partagera alors votre éternité. »
Mme de Chateaubriand, dont la santé toujours délicate avait été fort ébranlée par le trouble apporté dans l'existence de son mari, était partie pour le midi de la France; elle écrivait de là à Me Récamier pour lui recommander sa chère infirmerie, l fondation de son habile et active charité.