Livre VIII · Livre VIII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier, 30 juin 1843
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« 30 juin 1843.
« J'ai fait mon voyage comme tout ce qu'on fait à regret en vous quittant. J'ai revu ce qui se voit partout, des champs d'une terre qui ne m'intéresse plus et des moissons qui ne seront plus pour moi : il y a bien longtemps que j'ai vu tout cela, et je n'aime à voir que vous. Sous un monceau de jours, on n'aperçoit l'horizon que sur des temps où l'on a passé. Me guérirai-je ici? Je l'écris rue du Bac1; mais on ne guérit point des années. J'en suis toujours à la même chanson. Nous sommes toute une bande de blessés ici, mais enfin je ne tarderai pas à vous revoir.
1. A M=° de Chateaubriand. ↩
«Je vais aller me promener avec l'alouette, elle vous chantera de mes nouvelles, puis elle se taira pour toujours sur le sillon où elle sera descendue. Voilà tout ce que ma pauvre main me permet d'écrire aujourd'hui. Mille choses à nos amis.
« Ne m'écrirez-vous pas un petit mot? Il me fera grand plaisir. Mon écriture s'est rapetissée, comme ma personne, je tiendrai bien peu de place. Gardez bien mon souvenir; il ne vous gênera pas. Si par hasard vous vous avisiez de m'écrire, c'est à Bourbonne-les-Bains. Que faites-vous, où avez-vous passé vos jours? Je me baigne demain pour la première fois. Est-ce un garçon ou une fille qu'aura eu Mme Lenormant ? Je sais bien mes souhaits. i