Livre IL · Livre IL (suite)
M. de Montmorency → Mme Récamier, 2 octobre 1810, Fossé
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Fossé, ce 2 octobre 1810.
« Je vous ai écrit ce matin une petite lettre par la poste, aimable amie. Mais la poste arrive et nous en apporte plusieurs de vous. Il y en avait heureusement une petite tout aimable pour moi; votre silence m'aurait affecté. Notre amie, tout occupée de son courrier obligé pour le retour d'Albert, qui doit partir cette nuit par la diligence, me charge de commencer une lettre à laquelle elle ajoutera quelques mots. Je crois que tout le monde devra être content de celle qu'on vous envoie. Il faut actuellement la faire valoir le mieux possible par l'obligeante ci-devant reine1, et tâcher d'obtenir, avant tout, le rendez-vous auquel notre amie mettrait le plus grand prix, et qui pourrait en effet contribuer à changer son sort. Pendant qu'on sollicitera, Auguste obtiendra peut-être quelque prolongation de délai dans une ville à quarante lieues pour attendre le dernier avis de la censure; et vous ferez toutes vos gentillesses à Esménard2, pour qu'elle soit la plus prompte et la plus raisonnable possible, si elle peut l'être. Voilà comme je conçois cette campagne d'amitié, dans laquelle, samedi prochain, sans faute, j'irai vous servir d'aide de camp.
1. C'est-à-dire la reine Hortense. La Hollande venait d'être réunie à la France: ↩
2. Esménard (Joseph-Alphonse) , de l'Académie française, auteur du Poëme de la Navigation. Il était censeur des théâtres, censeur de la librairie et chef de la troisième division de la police générale. La voiture dans laquelle il voyageait en Italie ayant versé dans un précipice, il eut la tête fracassée contre un rocher, et périt ainsi en 1811. - Il écrivait à Me Récamier, qui avait désiré, à son retour de Fossé, le voir et l'entretenir des intérêts de Mme de Staël, le billet que voici : « Samedi matin, « Madame, « Je serais allé moi-même chercher le volume que vous avez eu la bonté de m'envoyer, si je n'avais craint, presque autant que je le désire, de vous trouver seule : il y a, dans l'union de la douleur et de la beauté, mille fois plus de charme que dans la vue d'un bonheur sans orages; et quoique je n'aie pas appris la sensibilité en Allemagne, je ne me défends pas bien d'un intérêt et d'un sentiment que vous m'avez défendus. Mais il serait trop héroïque de résister au plaisir que vous m'offrez de vous voir un moment, et je vous prie de permettre que ce I. 11 ↩
« Je renvoie à nos conversations tout ce qu'il y a d'observations à faire sur les détails curieux de votre lettre, dans laquelle vous avez été une parfaite amie et correspondante. Je ne vous répète pas ce que je vous disais ce matin, de toute votre perfection de soins, de dévouement, et je reconnais là votre cœur, tout ce que je sais de vous, tout ce qui vous rend digne des nobles et pures affections auxquelles vous êtes appelée. »
Mme de Staël ajoute :