Livre VIII · Livre VIII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier, 28 juillet 1838, Cannes
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Cannes, 28 juillet 1838.
«J'ai quitté à Marseille mon bruit pour venir voir le lieu où Bonaparte, en débarquant, a changé la face « du monde et nos destinées. Je vous écris dans une petite chambre, sous la fenêtre de laquelle se brise la mer. Le soleil se couche ; c'est l'Italie tout entière que je retrouve ici. Dans une heure, je vais partir pour aller à deux lieues d'ici, au Golfe Juan; j'y arriverai de nuit, je verrai cette grève déserte où cet homme aborda avec sa petite flotte. Je m'arrangerai de la solitude, des vagues et du ciel : l'homme a passé pour toujours.
« Il faut vous revenir. Femmes, hommes, ciel, palmiers, tout ce que j'ai vu, ne vaut pas un moment passé dans votre douce présence. Il n'y a de repos pour moi que là.
« Mais, bon Dieu ! que de choses j'ai aperçues partout ! j'en étouffe; je ne sais si je m'en souviendrai. Je vous conterai ce que j'ai fait à Marseille au tombeau du père de notre jeune ami1.
1. M. Ampère de l'Académie des sciences, mort à Marseille en 1836. On remarquera ce pieux respect de M. de Chateaubriand pour les tombeaux. ↩
« Adieu, je tombe de lassitude, et je vais recommencer ma course. Je serai le 31 à Lyon. »