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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 9 décembre 1828, Rome

Livre VII · Livre VII (suite)

Chateaubriand → Mme Récamier, 9 décembre 1828, Rome

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 280 · chapitre 359 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Rome, ce mardi 9 décembre 1828.

« Jugez du plaisir que m'a fait le courrier extraordinaire qui m'a apporté votre lettre du 28 du mois dernier! J'y ai cependant vu vos injustices, vos soupçons, démentis bientôt par mes deux lettres arrivées à la fois. Vous déferez-vous jamais de cette mauvaise habitude?

« Voilà donc le pauvre Moïse arrêté par une querelle ! Mais je n'entends pas railler sur ce point : que l'Taylor reste ou parte, il faut que le prophète reparaisse dans ce bas monde, pour y vivre ou pour y mourir. J'aimerais mieux que Taylor assistât à son apparition, parce qu'il l'a pris à gré, qu'il est intelligent, et que nos arrangements d'argent sont faits ; mais enfin, si cela était impossible, arrangez, je vous prie, l'affaire avec le nouveau venu et M. de La Rochefoucauld.

« Vous me dites que je ne dois rien craindre. Je vous assure que je ne crains rien. Je me sens de force à braver la chute. Mais quelle que soit la bonne volonté du public, il y a dans ses mouvements quelque chose d'inexplicable; et, quoi qu'on fasse, l'envie et l'inimitié ont leurs droits imprescriptibles. • Quant aux convenances, je ne m'en soucie pas du tout, et je m'élève très-au-dessus des susceptibilités des vieux salons.

« Voyez comme nous nous entendons : vous me dites qu'il faut demander un congé au printemps, et moi, je vous mandais que, si rien n'arrivait, j'irais au mois d'avril en France, que je passerais trois mois à Paris avec vous, que j'irais ensuite aux eaux, et que de là nous nous donnerions rendez-vous sur la frontière de l'Italie pour revenir à Rome ensemble. Cela vous plaît-il?

« Je vous ai dit aussi que j'enverrais Hyacinthe un mois avant l'apparition de Moïse, pour faire vos courses, porter une préface à Ladvocat et s'occuper des journaux.

« Hier, je suis allé à l'Académie Tibérine, dont j'ai l'honneur d'être membre. J'ai entendu des discours fort spirituels et de très-beaux vers. Que d'intelligence perdue! Ce soir j'ai mon grand ricevimento. J'en suis consterné en vous écrivant.

« J'ai ri de la grande occupation dont vous êtes de moi avec M. de Barante. Votre attachement et vos illusions appellent cela le monde. Vous me ressuscitez. Je n'en suis pas moins mort; il faut s'en aller. Vous quitter, voilà mon seul et douloureux regret. J'ai bien de la peine à cesser de vous écrire, comment cesserais-je de vous aimer et de vous voir? A jeudi. »