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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 25 septembre 1828, Brigg

Livre VII

Chateaubriand → Mme Récamier, 25 septembre 1828, Brigg

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 231 · chapitre 328 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Brigg, au pied du Simplon, jeudi 25 septembre 1828.

« Je viens d'avoir deux jours bien tristes : depuis Lausanne jusqu'ici, j'ai continuellement marché sur les traces de deux pauvres femmes : l'une, Me de Custine, est venue expirer à Bex; l'autre, Mme de Duras, est allée mourir à Nice. Comme tout fuit! Sion, où j'ai passé, était le royaume que m'avait destiné Bonaparte : c'est ce royaume que la mort du duc d'Enghien m'a fait abdiquer. J'ai rencontré des religieux du mont Saint-Bernard. Il n'en reste plus que deux qui aient été témoins du fameux passage de l'armée française.

« Savez-vous pourquoi tout cela pèse tant sur moi ? C'est que je vais franchir les Alpes, qu'elles vont s'élever entre vous et moi. Demain, je serai en Italie; il me semble que je me sépare une autre fois de vous. Venez vite faire cesser cette fatalité. Passez ces mêmes montagnes que je vois sur ma tête. Je sens qu'il faut maintenant que ma vie soit environnée : je n'ai plus retrouvé en moi l'ancien voyageur; je ne songe qu'à ce que j'ai quitté, et les changements de scène m'importunent. Venez donc vite. »