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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier M. Ballanche → Mme Récamier, 18 août 1832

Livre VIII · Livre VIII (suite)

M. Ballanche → Mme Récamier, 18 août 1832

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 416–417 · chapitre 446 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« 18 août 1832.

« Onze heures sonnent, je n'ai point encore de vos nouvelles : demain les inquiétudes commenceraient. Mme Lenormant vous a écrit hier et vous a donné des nouvelles de toute sa famille. Quant à moi, le mieux continue; je commence à marcher, mais je ne veux pas abuser de ces premiers essais de mes forces.

« J'ai vu hier au soir M. de Latouche, nous avons beaucoup parlé de vous, nous avons aussi parlé de M. de Chateaubriand. Il m'a dit combien il préférerait que, sûr de sa renommée, M. de Chateaubriand l'acceptât purement et simplement. Il pense que Paris est encore la meilleure des retraites ; que là il est mieux à sa place, beaucoup mieux, qu'il ne le serait partout ailleurs; qu'on lui saurait gré d'y consacrer son temps à sculpter en silence le dernier monument qu'il prépare, etc., etc.

« Il désire, et en cela je le crois l'expression du grand nombre, il désire que lui et vous, on vous sache à Paris cet hiver : lui, faisant ses Mémoires, vous, conciliant tous les partis, poétisant tous les sentiments.

« Le poëme de Sigour1 est dans la Revue des Deux Mondes; je suis bien curieux de savoir l'effet que produira cette lecture sur les personnes qui ne connaissent pas encore le poëme.

1. Imitation en vers des Poésies scandinaves, par M. Ampère. ↩

« Un article sur l'Homme sans nom vient de paraître dans la Quotidienne. Ce qu'on y dit de plus remarquable, c'est que je ne suis pas de nature à être compris par beaucoup de gens. On renvoie l'auteur d'Antigone, d'Orphée, de l'Homme sans nom, par-devant M. Cousin.

« Hier, j'ai passé la soirée chez M. et Mme Lenormant avec Ampère. Nous nous sommes entretenus de vous, de vos bonnes pensées de retour. Mais ne nous laissez pas sans nouvelles.

« Nous nous désolions d'être sans lettre, au moment où je reçois la vôtre. Mille et mille actions de grâces ! Nous sommes d'autant plus reconnaissants que nous savons toute la peine que vous avez à écrire; c'est du dévouement. J'en prends bien ma bonne part, puisque c'est à moi que vous avez écrit le premier.

« Vous êtes mille fois trop bonne de vous occuper de ma réclusion. Ce n'est pas là le fâcheux de mon affaire : ce qui est triste, c'est la pensée de vous savoir si loin. Enfin toute cette complication d'exil finira, et nous nous retrouverons dans cette Abbaye qui est le centre du monde, comme on le disait, vous savez, du temple de Delphes. »