Livre V · Livre V (suite)
Mme Récamier → M. Paul David, 6 février 1824
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Je m'empresse, mon cher Paul, de vous rendre compte de la représentation. Je suis encore troublée, et d'avoir vu notre pauvre Amélie paraître sur ce théâtre au milieu de tout ce monde, et de la fatigue qu'elle en a éprouvée. Elle a joué son petit rôle avec une perfection, une grâce ravissante, une nuance de timidité qui ne nuisait point à son jeu et lui donnait un charme de plus ; et dans cet auditoire, composé d'étrangers de toutes les nations, elle a été louée dans toutes les langues; mais quand elle est venue me rejoindre après la pièce, et que j'ai vu sa pauvre figure si altérée, tout le plaisir de ce petit succès s'est évanoui. Je l'ai ramenée chez moi ; elle s'est bien vite couchée. Elle est mieux ce matin; mais elle a besoin de beaucoup de soins, et se réjouit aujourd'hui de rentrer dans nos habitudes paisibles et retirées. J'étais hier à cette comédie avec la duchesse de Devonshire. C'était la première fois qu'elle se trouvait dans le monde depuis la mort du cardinal Consalvi; elle était fort triste, et quand la salle retentissait d'éclats de rire, elle me regardait tristement, et me trouvait en sympathie avec elle. Adieu, mon cher Paul. Continuez de nous écrire; mais ne mettez pas d'abréviations dans vos lettres, nous ne savons pas deviner. Croyez à notre bien tendre amitié. »