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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Le duc de Doudeauville → Mme Récamier

Livre V · Livre V (suite)

Le duc de Doudeauville → Mme Récamier

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 130–131 · chapitre 267 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Ce 1er septembre. « Je reçois avec une extrême satisfaction, Madame, votre bonne lettre de Naples. Je suis vivement touché d'un intérêt que je sais apprécier, comme je sais apprécier celle qui me le témoigne, et c'est là ce qui peut donner à mes yeux de la valeur à ma place. J'avais tellement de répugnance pour l'accepter, et cette répugnance était si bien connue, que le roi, en me l'apprenant, m'a dit : « Mon cher duc, j'en « suis fâché, je vais vous contrarier. » Ce n'est pas ainsi qu'on annonce ordinairement des grâces, mais aussi ce n'est pas ordinairement ainsi qu'on intrigue. J'ai bien de la peine à me réjouir et presque à me consoler de mon succès, quoiqu'on ait bien voulu ne pas trop le désapprouver dans tous les rangs; car on me regrette dans mes Postes, de manière à me donner à moi-même bien des regrets de les avoir quittées. Mais c'est une chose convenue, qu'on ne peut pas être votre ami sans avoir un ministère; et, certes, à ce titre, j'en mérite un plus que personne.

« Je suis accablé d'affaires : car j'ai à organiser un ministère où il y a bien des abus à détruire et bien des réformes à faire. D'ailleurs, j'ai trouvé plus de vingt mille demandes, à la lettre, et presque rien à accorder. Jugez si le pauvre débutant est à plaindre.

« La santé du roi donne de l'inquiétude depuis quelque temps ; cependant il travaille comme à son ordinaire, reçoit comme de coutume, dit à chacun ce qui convient, enfin montre un courage et une présence d'esprit admirables. Son principe a toujours été qu'un roi pouvait mourir, mais qu'il ne devait jamais être malade; il y est parfaitement fidèle.

« La censure a déplu à bien du monde; mais, au point où l'on était, il était indispensable d'en venir à cette mesure. - On n'entend plus parler de M. de Chateaubriand; on le dit voyageant. Pourquoi n'a-t-il pas eu l'attitude noble et digne de M. de Montmorency? Vous devinez que je n'aurai pas de peine à prendre celle-là le jour de ma sortie du ministère. Une place dans le cœur de mes amis et dans l'estime des honnêtes gens est la seule dont je fasse cas, en attendant une là-haut.

« J'ai cédé une partie de mon ministère à mon fils. C'est celle que j'aimais le mieux assurément, celle des beaux-arts, qui seule faisait mon envie depuis quarante ans ; mais que ne ferait-on pas pour les personnes qui nous sont chères? Il désire être rappelé à votre souvenir.

« Je m'empresse de vous renouveler l'assurance d'un attachement qui ne finira, soyez-en bien sûre. qu'avec ma vie. »