Livre VIII · Livre VIII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier, 10 septembre 1833, Venise
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« Je voudrais bien que vous fussiez ici. Le soleil, que je n'avais pas vu depuis Paris, vient de paraître. Je suis logé à l'entrée du grand canal, ayant la mer à l'horizon et souș ma fenêtre. Ma fatigue est extrême, et pourtant je ne puis m'empêcher d'être sensible à ce beau et triste spectacle d'une ville si charmante et si désolée, et d'une mer presque sans vaisseaux. Et puis, les vingt-six ans écoulés à compter du jour où je quittai Venise, pour aller m'embarquer à Trieste pour la Grèce et Jérusalem ! Si je ne vous rencontrais ps dans ce quart de siècle, que je dirais des choses rudes au siècle ! Je n'ai rien trouvé pour me diriger ici : on est bien bon, mais bien étourdi. Je vais être obligé d'attendre des réponses de Florence. C'est donc huit jours à courir Venise : je les mettrai à profit, et à la Saint-François je vous montrerai tout cela. A vous, avec toute la douceur de ce climat si différent de celui des Gaules !
« Je ne suis point encore sorti de mon auberge. On faisait des prières pour la cessation de la pluie; elle a cessé à mon arrivée : c'est de bon augure. A bientôt. »