Livre premier · Livre premier (suite)
Le maréchal Bernadotte → Mme Récamier
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Une foulure à la main droite m'a d'abord empêché de répondre à votre lettre. A peine étais-je remis que les opérations ont recommencé ; j'ai été frappé d'une balle à la tête; cette blessure m'a retenu un mois dans mon lit.
« Je suis loin de mériter les reproches que vous me faites; le général Junot peut être mon témoin. J'appris le commencement de vos malheurs par lui, la veille de la bataille d'Austerlitz1; je le quittai à onze heures du soir en l'assurant qu'en rentrant à mon bivouac j'allais vous écrire ; il me chargea de mille choses pour vous : la tête et le cœur remplis de votre position, je vous peignis toute la peine que me causait le renversement de votre fortune. En vous parlant, en m'occupant de vous, je pensais que je devais contribuer, au crépuscule du jour, à décider du sort du monde; ma lettre fut recommandée à la poste, elle a du vous être remise. Quand l'amitié, la tendresse et la sensibilité enflamment une âme aimante, tout ce qu'elle exprime est profondément senti. Je n'ai pas cessé depuis de vous adresser mes vœux et mes souhaits, et, quoique né pour vous aimer toujours, je n'ai pas dû hasarder de vous fatiguer par mes lettres. Adieu ; si vous pensez en- ‚core à moi, songez que vous êtes ma principale idée et que rien n'égale les tendres et doux senti-' ments que je vous ai voués.
1. La mémoire du maréchal le trompe : c'est d'Auerstadt qu'il voulait parler. ↩
Bernadotte.