Il veut voir la grève où l’empereur débarqua le 1er mars 1815.
« J’ai quitté à Marseille mon bruit pour venir voir le lieu où Bonaparte, en débarquant, a changé la face du monde et nos destinées. Je vous écris dans une petite chambre, sous la fenêtre de laquelle se brise la mer. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Cannes, 28 juillet 1838 (lire sur le site). · Lire le passage
La visite au golfe Juan nourrit le récit du retour de l’île d’Elbe dans la partie des Mémoires consacrée à Napoléon, rédigée en 1838-1839.
La lettre
Cannes, 28 juillet 1838
J’ai quitté à Marseille mon bruit pour venir voir le lieu où Bonaparte, en débarquant, a changé la face du monde et nos destinées. Je vous écris dans une petite chambre, sous la fenêtre de laquelle se brise la mer. Le soleil se couche; c’est l’Italie tout entière que je retrouve ici. Dans une heure, je vais partir pour aller à deux lieues d’ici, au Golfe Juan; j’y arriverai de nuit, je verrai cette grève déserte où cet homme aborda avec sa petite flotte. Je m’arrangerai de la solitude, des vagues et du ciel: l’homme a passé pour toujours.
Il faut vous revenir. Femmes, hommes, ciel, palmiers, tout ce que j’ai vu, ne vaut pas un moment passé dans votre douce présence. Il n’y a de repos pour moi que là.
Mais, bon Dieu! que de choses j’ai aperçues partout! j’en étouffe; je ne sais si je m’en souviendrai. Je vous conterai ce que j’ai fait à Marseille au tombeau du père de notre jeune ami.
Adieu, je tombe de lassitude, et je vais recommencer ma course. Je serai le 31 à Lyon.
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859 (lire sur le site) · Lire le passage