Ancien couvent de la rue de Sèvres où Juliette Récamier vécut de 1819 à 1849 : d’abord une petite chambre au troisième étage, puis le grand appartement du premier, où Chateaubriand vint chaque jour pendant près de trente ans. Le couvent a été démoli en 1906 et 1907 ; la rue Juliette-Récamier et le square Roger-Stéphane occupent son terrain. Cette fiche reconstitue les lieux, dans l’ordre du temps, d’après les Mémoires d’outre-tombe, les souvenirs d’Amélie Lenormant, nièce de Mme Récamier, les plans relevés en 1905 par Lucien Lambeau pour la Commission du Vieux Paris et les photographies faites pour elle avant et pendant la démolition (musée Carnavalet).
En bref
| Adresse d’époque | Couvent de l’Abbaye-aux-Bois, 16, rue de Sèvres (grille de la cour d’honneur), à l’angle de la rue de la Chaise. |
|---|---|
| Adresse actuelle | Rue Juliette-Récamier (ouverte en 1907, « rue Récamier » jusqu’en 2019) et square Roger-Stéphane, 75007 Paris. Du couvent, il ne restait en 1919 que le pensionnat de 1877, 11-13, rue de la Chaise (Lambeau). |
| Le bâtiment | Celui qu’Edme Verniquet construit de 1776 à 1780 environ pour des dames et demoiselles pensionnaires, à gauche de la cour d’honneur (« 1779 » sur le plan de Lambeau, 1781 selon Rochegude) : trois étages carrés, un attique et un grenier ; un pavillon d’angle sur la rue de Sèvres ; une terrasse arrondie au premier étage, au-dessus de la cour. |
| Les deux logements | Dans ce même bâtiment (légende du plan de Lambeau, 1905) : la chambre du troisième, 4,55 m sur 5,65 m, deux fenêtres sur le jardin, au-dessus des fenêtres du grand escalier ; puis l’appartement du premier, à l’angle de la rue, dont le salon (environ 7,3 m sur 6,25 m) a deux fenêtres sur la rue de Sèvres et deux portes-fenêtres sur la terrasse. On montait au troisième par un escalier « qui se greffait sur celui de l’appartement du premier étage » (Lambeau, 1905). |
| Dates | 1819 : installation au troisième étage. 7 avril 1820 : bail à vie du grand appartement du premier, encore occupé par la marquise de Montmirail. 24 juin 1825 : dernière soirée dans la petite chambre (Delécluze). Vers 1826, à la mort de Mme de Montmirail, installation au premier (Lambeau, 1905) ; « six ou sept ans » au troisième selon Mme Lenormant, « dix ans » selon la duchesse d’Abrantès ; une lettre d’octobre 1829 parle d’un « nouvel appartement ». Départ le jour de Pâques 1849 (8 avril), pour fuir le choléra ; mort chez sa nièce, à la Bibliothèque nationale, le 11 mai 1849. |
| Chateaubriand | Il n’y logea jamais : il venait chaque jour, à trois heures, « le plus souvent à pied » (Lenormant), de la rue d’Enfer puis de la rue du Bac. Lectures de Moïse (1829) et des Mémoires (1834) dans le salon. |
| Démolition | Couvent vendu après la loi du 7 juillet 1904 ; démoli de l’été 1906 à 1907. Photographies faites pour la Commission du Vieux Paris, de 1902 à mai 1907. |
| Certitude | Emplacement des deux logements et pièces de l’appartement du premier : certains (plan, bail de 1820 et visite de Lambeau en 1905). Date exacte du passage au premier étage : discutée. |
Le lieu
Ancien couvent du 16, rue de Sèvres, à l’angle de la rue de la Chaise, sur la rive gauche : son terrain est occupé par la rue Juliette-Récamier et le square Roger-Stéphane.
Le couvent de la rue de Sèvres
Le nom vient d’une abbaye cistercienne, Notre-Dame-aux-Bois, fondée en 1202 à Ognolles, au diocèse de Noyon (Wikipédia, d’après Lazare). Ses religieuses, réfugiées à Compiègne, achètent en 1654 le couvent que les Annonciades avaient bâti rue de Sèvres et occupé de 1640 à 1652 ; elles y restent jusqu’à la Révolution. Les chanoinesses de Saint-Augustin (congrégation de Notre-Dame) s’y installent en 1807 et y tiennent un pensionnat (Lambeau, 1920). L’église est rebâtie en 1718 sur les dessins de Robert de Cotte ; en 1779, l’architecte Edme Verniquet élève le bâtiment de gauche de la cour d’entrée, celui où logera Mme Récamier (légende du plan de Lambeau).


Ce bâtiment neuf a son histoire (Lambeau, 1905). En 1776, une aile de la cour d’honneur menaçait ruine : il fallut la démolir. L’abbesse, Mme de Chabrillan, la fit reconstruire sur les plans de Verniquet pour loger des dames et des demoiselles pensionnaires. Commencé en 1776, à peu près achevé en 1779 ou 1780, il coûta 306 350 livres de 1776 à 1783 : il fallut creuser des fondations profondes à cause d’un « vice imprévu du sol », puis ajouter un troisième étage pour les pensionnaires, et le couvent resta écrasé de dettes. L’abbesse en donnait le but :
« […] dont l’objet a été de donner une retraite honnête à des femmes de qualité qui ont trop peu de fortune […] »
Mme de Chabrillan, abbesse de l’Abbaye-aux-Bois, lettre du 3 octobre 1782, citée par Lucien Lambeau, 1905.
Les deux petits pavillons ronds qui encadraient la grille d’entrée, logements des portiers, faisaient sans doute partie du même plan : bâtis dans le style du nouveau bâtiment, ils arrondissaient la cour d’honneur vers la rue de Sèvres (Lambeau). Une eau-forte de Pierre-Claude de La Gardette, dédiée à l’abbesse, montre « la façade de l’Abbaye aux Bois » de Verniquet ; mais ce palais à colonnes, à portique et à statues ne ressemble à aucune vue du bâtiment prise avant sa démolition. C’est sans doute le projet, plus ambitieux que ce que la communauté, ruinée, put bâtir (hypothèse).

Le 8 janvier 1793, le couvent est loué en entier au citoyen Mayet, « sauf le pavillon neuf, à gauche, déjà loué ». « Ce pavillon neuf, de style Louis XVI, bordait la rue de Sèvres, et n’était qu’une partie du bâtiment neuf construit par Verniquet. » L’état des lieux décrit ce bâtiment, « composé de trois étages carrés, un attique et un étage de grenier, chaque étage de sept croisées », et, « à droite et à gauche de la grille d’entrée », « une terrasse ayant au-dessous une pièce de rez-de-chaussée » (Lambeau, 1905). Le 5 frimaire an VI (25 novembre 1797), la maison est vendue comme bien national aux citoyens Arnoult et Gabion pour la Caisse des rentiers ; celle-ci la revend en décembre 1803, en quatre lots, dont trois sont adjugés à Anne-Élisabeth Duval (Lambeau, 1905 et 1920). L’affiche de cette seconde vente décrit les lieux :
« […] une grande cour extérieure pavée en grès, fermée d’une grille de fer sur la rue de Sèvres, avec un pavillon en pierres de taille de chaque côté; un grand préau autour duquel est le cloître, décoré d’arcades et voûté en arcs de cloîtres […] »
affiche de la vente de l’Abbaye-aux-Bois par la Caisse des rentiers (an XII), publiée par Lucien Lambeau, Commission du Vieux Paris, 1920.
Le premier lot est le futur logis de Mme Récamier :
« […] grande cour, à gauche de laquelle est un corps-de-logis double en profondeur, éclairé sur ladite cour et sur le jardin, avec un pavillon saillant éclairé sur la rue; autre pavillon de forme circulaire sur la cour, faisant terrasse au premier étage […] »
affiche de la vente de l’Abbaye-aux-Bois par la Caisse des rentiers (an XII), publiée par Lucien Lambeau, Commission du Vieux Paris, 1920.
On entrait par la grille du 16, rue de Sèvres. La duchesse d’Abrantès, qui choisit elle aussi l’Abbaye pour asile, décrit ce seuil :
« […] une fois que la soeur Marie avait fermé la petite porte surmontée d’un attique, limite du saint domaine, on traversait la grande cour qui sépare le couvent de la rue […] »
Duchesse d’Abrantès, citée dans les Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage



Le 31 mai 1902, la Commission du Vieux Paris retint pour la photographie, dans la cour d’entrée, « la grande façade située à gauche en entrant, comprenant le coin du haut bâtiment formant avant-corps, la petite terrasse sur la rue, la porte d’entrée ou grille en fer, la porte accédant au grand escalier et le petit jardin » (procès-verbal du 12 juin 1902, p. 157 ; tirage du musée Carnavalet, PH81800) : c’est la façade du logis de Mme Récamier, et la porte de l’escalier que montait Chateaubriand.





Le plan de 1905 : deux logements dans le même bâtiment
Le plan levé par Lucien Lambeau, secrétaire de la Commission du Vieux Paris, pour sa notice du 9 décembre 1905, est la clé de l’enquête. Sa légende situe les deux logements de Mme Récamier dans le bâtiment de Verniquet (n° 10) : « a », l’« emplacement de l’appartement occupé par Mme Récamier, au 1er étage, avec vue sur la cour d’honneur, sur la rue de Sèvres et sur le jardin » ; « b », « les deux fenêtres du logement occupé par Mme Récamier, au 3e étage », sur la façade du jardin ; et, au n° 24, l’« escalier conduisant à l’appartement du 1er étage de Mme Récamier ».



1819 : « un petit appartement au troisième étage »
En 1819, un nouveau revers de fortune de M. Récamier oblige sa femme à vendre la maison de la rue d’Anjou qu’elle venait d’acheter (Lenormant). Elle choisit un couvent, ce qui l’autorise à vivre séparée de son mari, dont elle continue d’assurer l’existence :
« Mme de Bourgoing s’était logée avec sa fille Ernestine dans un appartement à l’extérieur du couvent de l’Abbaye-au-Bois. Ce fut là que Mme Récamier résolut de chercher un asile. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
« Il n’y avait en ce moment à l’Abbaye-au-Bois de vacant qu’un petit appartement au troisième étage, carrelé, incommode, dont l’escalier était rude, et la distribution fabuleuse. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
« […] en 1819, ce couvent était si peu connu, au moins des personnes du monde, que la maréchale Moreau, voulant aller voir son amie dans sa retraite aussitôt que Mme Récamier y fut installée, crut devoir avancer son dîner d’une heure pour être en mesure d’accomplir ce voyage en pays lointain. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
Mme de Bourgoing logeait au deuxième étage du bâtiment neuf, par le deuxième escalier au fond de la cour. Le seul logement libre était au troisième du même bâtiment : « Son installation dans ce local date de 1819. Le loyer en était de 40 francs par an. Il se paie aujourd’hui 400 francs », note Lambeau en 1905.
Le grand escalier
La duchesse d’Abrantès montre la chambre depuis la cour :
« Voyez−vous deux petites fenêtres tout en haut, dans les combles, là, au−dessus des larges croisées du grand escalier ? C’est une des petites chambres de la maison. »
Duchesse d’Abrantès, citée dans les Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage
Le plan de Lambeau place ces deux fenêtres (b) sur la façade du jardin, à la hauteur de l’escalier n° 24, celui qui menait au premier étage. Lambeau décrit le chemin, qu’il fit en 1905. L’escalier d’honneur, « muni d’une rampe en fer forgé », montait jusqu’au « large palier du 1er étage », qui « dessert trois grandes portes à deux battants, une de face, une à droite, une à gauche. Celle de droite mène à un autre escalier, d’allure plus modeste, qui monte jusqu’au dernier étage de l’immeuble et qui conduisait au premier logement occupé par l’amie de Chateaubriand, au 3e étage. » C’est le chemin que Chateaubriand montait chaque jour, de 1819 à 1825 :
« Quand tout essoufflé, après avoir grimpé quatre étages, j’entrais dans la cellule aux approches du soir, j’étais ravi. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage
(« trois étages » dans le texte que cite Mme Lenormant : le troisième étage au-dessus du rez-de-chaussée.) La Commission du Vieux Paris retint le 31 mai 1902 « le grand escalier conduisant à cet appartement [celui du premier étage], vue prise du premier palier » (procès-verbal du 12 juin 1902, p. 157 ; tirage du musée Carnavalet, PH81802). Herminie Waternau a peint vers la même époque un « escalier de l’Abbaye aux Bois », sans dire lequel.
![« Le grand escalier conduisant à cet appartement [celui du premier étage de Mme Récamier], vue prise du premier palier » : vue retenue par la Commission du Vieux Paris le 31 mai 1902 (procès-verbal du 12 juin 1902, p. 157), photographie attribuée à Pierre Emonts](https://lenchanteur.remivernier.com/wp-content/uploads/2026/10/abb-escalier-737x1024.jpg)

La chambre du troisième (1819-1825)
« Un corridor noir séparait deux petites pièces ; je prétendais que ce vestibule était éclairé d’un jour doux. La chambre à coucher était ornée d’une bibliothèque, d’une harpe, d’un piano, du portrait de Madame de Staël et d’une vue de Coppet au clair de lune. Sur les fenêtres étaient des pots de fleurs. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage
Le logement était « muni de carreaux au lieu de parquet » ; il « se composait et se compose encore d’une pièce, d’un cabinet et d’une entrée. Dans cette pièce Mme Récamier fit un jour aménager une alcôve. » Ses deux fenêtres « ne donnaient que sur le jardin du couvent, mais la vue s’en étendait au loin » : ce sont « les sixième et septième de la façade postérieure du bâtiment, en les comptant à partir de l’encoignure de la rue de Sèvres », et on les voyait encore en 1905 « du boulevard Raspail ou du square des Ménages quand les arbres du couvent n’ont pas encore de feuilles » (Lambeau).
Le relevé de Lambeau donne une chambre de 4,55 m sur 5,65 m, partagée par une « cloison légère », avec deux fenêtres sur le jardin, une cheminée, une entrée et un cabinet ; on montait de l’escalier au palier du troisième, côté rue de Sèvres. Le « corridor noir » de Chateaubriand est sans doute cette entrée. La duchesse d’Abrantès parle d’un « espace de dix pieds sur vingt » (environ 3,25 m sur 6,50 m) ; le plan, fait en 1905-1906, montre l’état des lieux quatre-vingts ans plus tard.

« C’était pour eux un spectacle vraiment aussi remarquable qu’aucune rareté de Paris, de voir, dans un espace de dix pieds sur vingt, toutes les opinions réunies sous une même bannière, marcher en paix et se donner presque la main. »
Duchesse d’Abrantès, citée dans les Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage
Le peintre et critique Delécluze y entra le 9 juin 1825 : « Ce lieu, fort petit, est décoré avec une élégance exquise. Le lit, en face de la cheminée. Entre les deux croisées, est le portrait de Mme de Staël, peint par Gérard, et des deux côtés de la cheminée sont des corps de bibliothèque. Entre le lit et la cheminée est un petit bureau et le siège de Louise » (souvenirs inédits publiés dans la Revue rétrospective en 1889, cités par Lambeau). « Louise » est le nom qu’il donnait à Mme Récamier.
Le tableau de François-Louis Dejuinne (1826, musée du Louvre) montre la chambre ; Jean-Baptiste Aubry-Lecomte le lithographia en 1827. Lambeau y retrouve « exactement la description de Chateaubriand » : la bibliothèque, la harpe, le piano, la cime de l’acacia et « le clocher pointu coupant le ciel », peut-être celui des Incurables, des Petites-Maisons, des Convalescents, des Missions étrangères ou des Récollettes. La grande toile, près de la fenêtre, est Corinne au cap Misène, dont Chateaubriand ne parle pas ; pour la figure de Mme Récamier, Dejuinne a repris, inversée, la pose du portrait de David (Lambeau).
« […] un peintre de talent, Dejuinne, a, très-fidèlement et d’un pinceau plein de délicatesse, reproduit l’intérieur de cette cellule où les moindres détails portent l’empreinte de l’habitation d’une femme élégante […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
Ci-dessous, le tableau de Dejuinne et une pièce vide photographiée par Jean Barry en mai 1907 : sol de carreaux, cheminée, fenêtre sur le jardin. La Commission du Vieux Paris avait fait photographier « la chambre du 3e étage occupée d’abord par Mme Récamier, prise exactement du point où fut fait le célèbre tableau de [De]juinne » (procès-verbal du 10 novembre 1906, cité par le musée Carnavalet). Cette vue n’a pas été retrouvée dans les collections en ligne ; celle de Barry, prise sous un autre angle, n’est identifiée que par ces indices.




En octobre 1906, pendant la démolition, Lucien Lambeau détacha les papiers peints superposés de l’antichambre ; ils sont conservés avec son étiquette à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Un an plus tôt, la locataire du troisième défendait « férocement » l’entrée de la chambre aux visiteurs (Lambeau).

« La plongée des fenêtres était sur le jardin »
« La plongée des fenêtres était sur le jardin de l’Abbaye, dans la corbeille verdoyante duquel tournoyaient des religieuses et couraient des pensionnaires. La cime d’un acacia arrivait à la hauteur de l’oeil. Des clochers pointus coupaient le ciel et l’on apercevait à l’horizon les collines de Sèvres. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage
« Madame Récamier était à son piano ; l’Angelus tintait ; les sons de la cloche, qui semblait pleurer le jour qui se mourait : « il giorno pianger che si muore », se mêlaient aux derniers accents de l’invocation à la nuit, du Roméo et Juliette de Steibelt. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage


Le grand appartement du premier (bail de 1820, installation vers 1826)
Mme Récamier l’attendait depuis longtemps. Le 7 avril 1820, les religieuses lui cèdent « l’usufruit et jouissance pendant la vie de Madame Récamier » d’« un appartement dépendant de l’Abbaye-aux-Bois, au premier étage, par le premier escalier à gauche en entrant dans la cour », occupé depuis 1810 par Mme de Montmirail, moyennant 10 000 francs. Le bail, retrouvé par Lambeau, énumère « une antichambre, une salle à manger, salon, chambre à coucher, boudoir, cabinet de toilette, cabinet à l’anglaise, chambre de femme de chambre », trois pièces à l’entresol, une cuisine, un office et des caves au rez-de-chaussée. Il y attache « la jouissance de la tribune qui donne dans l’église, des jardins pour la promenade et la facilité d’entrer dans la communauté », et le droit de faire ouvrir sur la rue une porte « dont elle aura seule la clef, et qui ne sera ouverte que les jours où Madame Récamier aura du monde ».
En janvier 1825, de Rome, elle annonce que Mme Swetchine « prend l’appartement dont je dispose à l’abbaye-aux-Bois ». Le 25 juin 1825, Delécluze note : « Louise va quitter le joli salon qu’elle occupe. La soirée qu’elle a donnée hier est la dernière qui aura lieu dans cet endroit, dont l’ornement principal est le tableau de Corinne, par Gérard. » Mme de Montmirail meurt vers 1826, et Mme Récamier s’installe au premier (Lambeau, 1905). Le 1er février 1826, sa nièce Amélie épouse Charles Lenormant dans l’église de l’Abbaye.
« L’établissement dans la petite chambre du troisième dura six ou sept ans; puis, à la mort de la marquise de Montmirail, belle-mère du duc de Doudeauville, qui habitait le grand appartement du premier, Mme Récamier, à laquelle les religieuses de l’Abbaye-au-Bois avaient cédé la propriété à vie de cet appartement, fut logée d’une manière plus large et plus commode […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
« […] la petite chambre du troisième qu’elle avait occupée dix ans, n’était pas habitée par celle que j’aurais été y chercher. Madame Récamier occupait alors un appartement plus spacieux. »
Duchesse d’Abrantès, citée dans les Mémoires d’outre-tombe, « Madame Récamier ». · Lire le passage
Les témoignages divergent. Six ou sept ans au troisième selon sa nièce, « dix ans » selon la duchesse d’Abrantès. Une lettre à Ampère du 11 octobre 1829 parle encore du « nouvel appartement » (Wikipédia retient 1829, sans source). Selon K. O’Meara, elle aurait cédé le grand appartement à deux Anglaises, Mme Clarke et sa fille, en gardant le salon pour ses réceptions. Une vieille tourière, sœur Clotilde, lui attribuait tout le premier étage ; une ancienne élève, Mlle de Rumfort, avait relevé dans les registres un prix de 25 000 francs. Lambeau s’en tient au bail et y voit « son foyer officiel, de 1826 à 1849 ». Rochegude écrit « marquis » de Montmirail.
Le pavillon et sa terrasse
« Cet appartement donnait sur la cour d’honneur, sur la rue de Sèvres et sur le jardin. Du côté de la rue de Sèvres il était éclairé par les cinq fenêtres à balustres de pierre du premier étage et à frontons triangulaires alternés de frontons plats. » « Le fameux salon était situé juste au-dessus de la loge du portier ; ses fenêtres donnaient sur la rue de Sèvres et aussi sur la petite terrasse, qui, pendant les grandes chaleurs, pouvait servir de promenoir aux habitués du logis » (Lambeau, 1905). C’est le « pavillon de forme circulaire sur la cour, faisant terrasse au premier étage » de l’affiche de 1803. La lithographie de Champin, dessinée par Régnier et publiée en 1838 dans le Paris historique de Charles Nodier, montre cette terrasse « couverte de plantations et d’arbustes ». L’autre terrasse, de l’autre côté de la grille, portait une sorte de véranda ; entre la première et la deuxième fenêtre de celle de Mme Récamier, une statue de la Vierge resta appliquée au mur jusqu’en 1871 (Lambeau).






Les pièces de l’appartement
En 1905, Lambeau visite l’appartement, où « la locataire actuelle laisse entrer avec la meilleure grâce », et le trouve conforme au bail. Par la porte de droite du palier, on entre dans « l’antichambre du grand appartement du 1er étage, laquelle est très petite et sans fenêtre ». Puis vient la salle à manger, devenue un petit salon : « c’est le pavillon qui déborde sur la rue de Sèvres et sur la cour d’honneur », éclairé par deux fenêtres, « dont l’une regarde le fond de la cour et l’autre l’aile droite de cette cour ».
« On arrive ensuite dans le salon, éclairé par deux fenêtres, sur la rue de Sèvres et par deux fenêtres sur la cour d’honneur, ces deux dernières donnant sur la petite terrasse surmontant la loge du portier. » Les boiseries sculptées et la cheminée de marbre blanc ont été vendues, mais « la corniche du plafond, qui s’arrondit gracieusement vers les deux fenêtres de la rue de Sèvres, est toujours la même, ainsi que le parquet ancien, à compartiments ».
Suivent la chambre à coucher, avec deux fenêtres sur la rue de Sèvres, puis le boudoir, « petite pièce ovale », éclairé par une fenêtre sur la rue. Le cabinet de toilette a une fenêtre sur le jardin ; restent le cabinet à l’anglaise, la chambre de femme de chambre et le petit office. Au pied du grand escalier, la cuisine « porte toujours son inscription en lettres noires », et l’on voit « la porte percée spécialement pour Mme Récamier et donnant sur la rue », condamnée (Lambeau, 1905).

Le salon
« Elle plaça dans le grand salon le tableau de Corinne, le portrait de Mme de Staël, et plus tard le portrait de M. de Chateaubriand, par Girodet. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
« M. de Chateaubriand était l’orgueil de ce salon, mais elle en était l’âme […] »
Charles-Augustin Sainte-Beuve, « Madame Récamier », Causeries du lundi, 1849.
« Ce grand tableau qui occupe et éclaire toute la paroi du fond, c’est Corinne au cap Misène : ainsi le souvenir d’une amitié glorieuse remplit, illumine toute une vie. »
Charles-Augustin Sainte-Beuve, « Chateaubriand. Mémoires », Portraits contemporains.
Le tableau de François Gérard avait été commandé en 1818 par le prince Auguste de Prusse, qui l’offrit à Mme Récamier (Lenormant) ; elle le légua au musée de Lyon (Wikipédia). L’article de Wikipédia sur le tableau attribue aux Mémoires une phrase sur la toile qui « occupait toute la paroi du fond » : elle est d’Edmond Biré, dans l’introduction de son édition.
« […] occupait toute la paroi du fond, et lorsqu’un rayon de soleil, à travers les rideaux bleus […] »
Edmond Biré, introduction aux Mémoires d’outre-tombe, 1898.

Selon Mme Ancelot, que cite Lambeau, le salon se composait « d’une grande pièce précédée de deux plus petites » ; le jour y était « tamisé par de doubles rideaux fort épais ». Quand, à quatre heures, la porte s’ouvrait, « le flot des invités trouvait Chateaubriand assis au coin gauche de la cheminée et Mme Récamier au coin droit ». Lamartine, moins ébloui : « Les meubles étaient simples et usés ; quelques livres épars sur les guéridons, quelques bustes du temps de l’Empire sur les consoles, quelques paravents du siècle de Louis XV en formaient tout l’ornement » (cité par Lambeau).
Une vue du salon par Auguste-Gabriel Toudouze montre la cheminée et son miroir cintré, entre le portrait de Chateaubriand par Girodet et Corinne au cap Misène. On croit y reconnaître les bergères de son mobilier de la rue du Mont-Blanc (Jacob frères, vers 1798), aujourd’hui au Louvre : elle les aurait gardées à l’Abbaye. Le rapprochement est fait d’après l’image, sans document.


En 1902, ces pièces étaient habitées. Une délégation de la Commission du Vieux Paris les visita ; M. Tesson en rendit compte à la séance du 12 juin :
« L’on a pu voir en détail, grâce à la parfaite amabilité de Mme Vauquelin, qui occupe actuellement une partie du bâtiment, les locaux que l’on dit avoir composé l’appartement de Mme Récamier; mais, quoique ces locaux aient conservé une belle décoration de style et semblent le beau cadre qui convenait à un tel sujet, l’on n’a pas encore établi nettement l’emplacement exact de l’appartement ou plutôt des appartements, car l’on a tout lieu de supposer que Mme Récamier a habité les divers étages de la maison. »
Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, séance du 12 juin 1902, p. 149.
Le compte rendu ne date pas la visite : c’est sans doute l’excursion du 31 mai 1902, dont Édouard Detaille, président de la 3e Sous-commission, présente à la même séance les « reproductions photographiques » adoptées. À l’Abbaye, la première est :
« Dans l’appartement occupé actuellement par Mme Vauquelin, le salon habité jadis par Mme Récamier […] »
Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, séance du 12 juin 1902, p. 157.
On peut lire les deux pages sur archive.org : la visite (p. 149) et la liste des vues (p. 157) ; ce volume ne dit rien d’autre de Mme Vauquelin. Le musée Carnavalet garde quatre vues de cette liste, entrées en 1902 et attribuées à Pierre Emonts : l’escalier, la cour d’entrée et deux du cloître (PH81801, PH81803). La vue du salon n’y est pas, et pour cause. Le 17 mars 1904, Augé de Lassus demande sa reproduction :
« […] l’ancien salon de Mme Récamier, à l’Abbaye-au-Bois, rue de Sèvres, menacé de destruction, salon qui eut son heure de célébrité. »
Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, séance du 17 mars 1904, p. 136.
André Laugier appuie la demande, qui est adoptée, et rappelle :
« […] lors des dernières reproductions, faites par la Commission, de l’Abbaye-au Bois, le salon en question ne fut pas au nombre des photographies exécutées. »
Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, séance du 17 mars 1904, p. 136.
Inscrite sur la liste de 1902, la vue n’a donc pas été prise (procès-verbal du 17 mars 1904, p. 136, qui ne date pas ces « dernières reproductions »). Aucun tirage de la commande de 1904 n’a été retrouvé. La vue qui suit est de Jean Barry, « pendant la démolition », en octobre 1906 (tirage du musée Carnavalet, PH81843 ; procès-verbal du 10 novembre 1906, p. 262, connu par les notices du musée, volume non consulté).



Chaque jour à trois heures
« […] chaque matin il adressait de bonne heure un billet à Mme Récamier, chaque jour invariablement il arrivait chez elle à trois heures; il y venait le plus souvent à pied, et son exactitude était telle, qu’il prétendait que les gens réglaient leurs montres en le voyant passer. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. I, 1859. · Lire le passage
À cette heure-là, la chambre était « à peu près vide » : Mme Récamier ne recevait sa famille et ses autres amis que le soir, après le dîner (Lambeau). Il venait de la rue d’Enfer (1826-1838), puis de la rue du Bac, toute proche (1838-1848). L’Abbaye accueille la lecture de Moïse en 1829 : l’acteur Lafond, de la Comédie-Française, lut si mal, avec un fort accent gascon, que Chateaubriand dut reprendre le manuscrit (Lambeau). En 1834 viennent les premières lectures des Mémoires.
En 1835, ces lectures sont suspendues quand la romancière anglaise Frances Trollope, de passage à Paris, souhaite y assister. Mme Récamier en organise une pour elle et ses filles. Son récit est un des rares à placer les gens dans le salon : Ampère, qui lit le voyage à Prague, et Chateaubriand sur un sofa ; à angle droit, sur un autre, elle-même, une petite-fille de La Fayette et Mme Récamier ; à côté d’elle, le peintre Gérard, sous sa propre Corinne.

« Il n’y avait pas de cercle formé; les dames s’approchèrent du sofa placé aux pieds de Corinne et les messieurs se groupèrent derrière elles. Le soleil pénétrait délicatement dans la chambre à travers les rideaux de soie blanche; des fleurs délicieuses embaumaient l’air; les tranquilles jardins de l’Abbaye s’étendaient sous les fenêtres à une distance suffisante pour nous éviter tout le bruit de Paris […] »
Mrs. Trollope, Paris and the Parisians in 1835, lettre LX, trad. J. Boulenger, Paris romantique (lire en ligne).
Le 5 février 1841, une soirée de charité pour les inondés de Lyon transforme le salon en théâtre : Rachel dans Esther, Pauline Viardot, Rubini, Lablache. Chateaubriand reçoit lui-même les invités à la porte, selon Lambeau ; un récit du temps, resté en brouillon dans les papiers de Mme Récamier, le dit caché dans un petit coin et donne à Rachel le second acte d’Athalie. Le 15 mars 1845, à une matinée musicale, il pleure devant le bas-relief des Martyrs. Lors d’une autre fête, il écoute dans l’obscurité, depuis la salle à manger. À partir de 1846, il ne marche plus qu’à peine : sa voiture l’amène dans la cour, « devant cette porte cintrée qui existe toujours », et son valet de chambre et celui de Mme Récamier le portent jusqu’au salon (Lambeau). Ballanche, l’ami de toujours, habitait en face :
« Il logeait en face de l’Abbaye-au-Bois, les fenêtres de sa chambre dominaient l’appartement de Mme Récamier […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
Les dernières années (1830-1849)
En avril 1830, M. Récamier, malade, demande à être porté à l’Abbaye :
« […] on céda à ce voeu, et on l’établit dans le salon même du grand appartement que sa femme habitait. C’est là qu’entouré de tous les siens, et gardant sa sérénité jusqu’au dernier moment, il succomba […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
Il meurt le 19 avril 1830. En juillet, aux premiers coups de feu de la révolution, Mme Récamier rentre de Dieppe et traverse les barricades à pied, au bras d’Ampère, jusqu’à la rue de Sèvres. Le salon se partage alors entre Chateaubriand et les fidèles de la branche aînée, d’un côté, Ampère et les jeunes gens, de l’autre (Lambeau).
En 1832, le choléra frappe la rue de Sèvres :
« Elle quitta momentanément l’Abbaye-au-Bois à la reprise du fléau, et s’établit vers la fin de juillet chez Mme Salvage, rue de la Paix. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
Elle passe l’hiver 1837-1838 dans un petit hôtel de la rue d’Anjou que lui prête le baron Pasquier (Lambeau). Vers 1839, une cataracte se forme sur ses yeux ; deux opérations, la première en 1847, ne lui rendent pas la vue (Lenormant).
« Ce fut ainsi qu’elle put voir et admirer, au mois de mai 1846, le beau tableau de Saint Augustin, qu’Ary Scheffer eut la bonne grâce de faire porter à l’Abbaye-au-Bois, lorsqu’il le retirait de l’exposition, afin que Mme Récamier et M. de Chateaubriand le pussent contempler. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
Chateaubriand meurt rue du Bac le 4 juillet 1848. Le 4 septembre, elle sous-loue « divers lieux » de son appartement à un M. Léonard, pour 800 francs et six ans (Lambeau). Au printemps de 1849, le choléra revient :
« On avait raconté que plusieurs accidents très-rapides avaient eu lieu à l’hospice des Ménages, dont l’Abbaye-au-Bois n’était séparée que par son jardin. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
« Mme Récamier s’installa chez sa nièce le jour de Pâques. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
La dernière visite littéraire qu’elle reçut à l’Abbaye fut celle de Béranger, venu lui présenter ses condoléances à la mort de Chateaubriand. Elle meurt chez sa nièce, rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 14, à la Bibliothèque nationale, le 11 mai 1849 (Lambeau, 1905). Elle avait habité l’Abbaye trente ans, de 1819 à 1849 ; Lambeau, en 1920, compte « vingt-huit années ».
Le couvent après Mme Récamier (1849-1906)
Léon Leymonnerye dessine le couvent de 1862 à 1877 : en 1866, le prolongement de la rue des Saints-Pères met à découvert ses bâtiments ; en 1877, l’ancien pensionnat est remplacé par un nouveau (Lambeau).


La loi du 7 juillet 1904, qui interdit l’enseignement aux congrégations, condamne la maison : le monastère est confisqué et vendu (Lambeau, 1920). La Commission du Vieux Paris fait photographier le cloître, la chapelle et les cellules avant la démolition.







La démolition (1906-1907)
Charles Jouas dessine le jardin le 30 juillet 1906 et grave la démolition en août ; Le Petit Journal publie le 3 octobre une photographie de l’Agence Rol. Le 10 novembre, la Commission du Vieux Paris énumère les vues « exécutées d’urgence pendant les travaux de démolition » par Jean Barry : le couloir des cellules, une cellule, le chantier du cloître, la chapelle dégagée, le grand salon de Mme Récamier et sa chambre du troisième (procès-verbal cité par le musée Carnavalet).





La baronne Thénard acheta aux démolisseurs les deux clochetons du bâtiment du fond de la cour, pour les offrir aux religieuses restées rue de la Chaise ; refusés, ils achevaient de tomber en poussière en 1920 dans la cour du 17, rue de Sèvres. Une rue privée est ouverte sur le terrain :
« […] ce fut le nom de la tendre amie de Chateaubriand, n’ayant habité là que vingt-huit années, qui fut donné, en 1907, de préférence à celui du célèbre couvent […] »
Lucien Lambeau, « L’Abbaye-aux-Bois de Paris », additions à sa notice de 1905, Commission du Vieux Paris, Procès-verbaux, 1920.
Un pan de mur de l’église, avec le décor en grisaille et or posé après 1883, resta longtemps debout rue Récamier ; en 1909, des travaux au n° 3 mirent au jour, à l’emplacement de la galerie est du cloître, le sarcophage d’Anne Pithou, marquise de Montendre, morte en 1714 (Lambeau, 1920).
Aujourd’hui
La rue Récamier, piétonne et en impasse, est devenue en 2019 la rue Juliette-Récamier ; elle mène au square ouvert en 1933 sous le nom de square Récamier, rebaptisé square Roger-Stéphane en 2008. Au n° 3, la salle bâtie pour la Ligue de l’enseignement est devenue le théâtre Récamier, rouvert en 2025 (Wikipédia). Rien ne reste du bâtiment de Verniquet ni du pavillon.


Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (texte de 1847, placé avant l’ambassade de Rome), chapitre « L’Abbaye-aux-Bois » ; la duchesse d’Abrantès y est citée d’après son article du Livre des Cent-et-un (1831)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, Paris, Michel Lévy, 1859, t. I (lire sur le site · Project Gutenberg)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II (lire sur le site · Project Gutenberg)
Lucien Lambeau, L’Abbaye-aux-Bois de Paris (1638-1906), annexe au procès-verbal de la séance du 9 décembre 1905, Commission municipale du Vieux Paris (plan de situation, plans des « logements occupés par Mme Récamier », bail de 1820, état des lieux de 1793, construction du bâtiment de Verniquet, visite des appartements) (lire en ligne)
Lucien Lambeau, « L’Abbaye-aux-Bois de Paris », additions à la notice du 9 décembre 1905, Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, 1920 (affiche de la vente de l’an XII, clochetons, rue Récamier, dernières religieuses) (lire en ligne)
Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, année 1902, séance du 12 juin 1902 : visite de l’Abbaye-aux-Bois (p. 149) et reproductions photographiques adoptées (p. 157) (lire en ligne)
Commission municipale du Vieux Paris, Procès-verbaux, année 1904, séance du 17 mars 1904 : reproduction du salon de Mme Récamier demandée (p. 136) (lire en ligne)
Commission municipale du Vieux Paris, procès-verbal du 10 novembre 1906 (p. 262), cité dans les notices des photographies du musée Carnavalet (volume non consulté) (lire en ligne)
Recueil « Abbaye-aux-Bois », Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 1-EST-1706 (plans de Lambeau, coupures de presse, papiers peints de l’antichambre)
Photographies, dessins et estampes du musée Carnavalet et de la BnF (Agence Rol), Wikimedia Commons, catégorie « Abbaye-aux-Bois » (lire en ligne)
[Paris, Abbaye-aux-Bois : plans du rez-de-chaussée et du premier étage du couvent avec modifications proposées], dessins, 1715 (BnF, Gallica) (lire en ligne)
Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements, Paris, Hachette, 1910 (20 vol.) (lire en ligne)
Mémoires d’outre-tombe, nouvelle édition avec une introduction, des notes et des appendices par Edmond Biré, Paris, Garnier, 6 vol. (1898-1900, rééd. 1910) (lire sur le site · Internet Archive)
Charles-Augustin Sainte-Beuve, « Chateaubriand. Mémoires », Portraits contemporains, 1834 (lire en ligne)
Wikipédia, article « Abbaye-aux-Bois » (consulté le 1er novembre 2026 ; renseignement à recouper), d’après Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris, 1844 (lire en ligne)
Wikipédia, article « Rue Juliette-Récamier » (consulté le 1er novembre 2026 ; renseignement à recouper) (lire en ligne)
Wikipédia, article « Square Roger-Stéphane » (consulté le 1er novembre 2026 ; renseignement à recouper) (lire en ligne)
Wikipédia, article « Théâtre Récamier » (consulté le 1er novembre 2026 ; renseignement à recouper) (lire en ligne)
Wikipédia, article « Corinne au cap Misène » (consulté le 1er novembre 2026 ; renseignement à recouper) (lire en ligne)







