Juillet 1815 : la scène du « vice appuyé sur le bras du crime ».
En bref
| Dates | Mai 1800 (retour d’exil : la basilique « découverte » et sans tombeaux) ; 18 janvier 1815 (il assiste, au cimetière de la Madeleine, à l’exhumation des restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette) et 21 janvier 1815 (translation à Saint-Denis) ; 6-7 juillet 1815 (le roi y attend sa rentrée à Paris ; scène de Talleyrand et Fouché). |
|---|---|
| Logement | Non précisé par les sources consultées. |
| Avec qui | La cour de Louis XVIII. |
| Certitude | Séjour attesté par les Mémoires ; logement inconnu. |
Le lieu
Au nord de Paris, dans la plaine qui porte son nom.
Histoire
La basilique abrite la nécropole des rois de France ; les tombeaux, profanés en 1793, sont restaurés sous la Restauration. Elle est deux fois liée aux fins de règne : Napoléon fait reconstruire les caveaux pour sa dynastie, qui n’y reposera jamais ; Louis XVIII s’y arrête en juillet 1815 avant de rentrer dans Paris.
Les tombeaux des rois
En octobre 1793, les caveaux de la basilique sont ouverts et les rois tirés de leurs tombeaux (titre du tableau d’Hubert Robert, musée Carnavalet). Chateaubriand n’y assiste pas : il est alors en émigration en Angleterre. Il y revient à la fin des Mémoires :
« Lorsque les monarques furent déterrés à Saint-Denis au moment où la trompette sonna la résurrection populaire ; lorsque, tirés de leurs tombeaux effondrés, ils attendaient la sépulture plébéienne, les chiffonniers arrivèrent à ce jugement dernier des siècles : ils regardèrent avec leurs lanternes dans la nuit éternelle ; ils fouillèrent parmi les restes échappés à la première rapine. Les rois n’y étaient déjà plus, mais la royauté y était encore : ils l’arrachèrent des entrailles du temps, et la jetèrent au panier des débris. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 4. · Lire le passage

À son retour d’exil, en mai 1800, il passe par Saint-Denis sur la route de Calais à Paris :
« Saint-Denis était découvert, les fenêtres en étaient brisées ; la pluie pénétrait dans ses nefs verdies, et il n’avait plus de tombeaux : j’y ai vu, depuis, les os de Louis XVI, les Cosaques, le cercueil du duc de Berry et le catafalque de Louis XVIII. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 3. · Lire le passage
Napoléon fait reconstruire les caveaux en 1806 (voir plus bas). En janvier 1815, la Restauration y ramène les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette, exhumés de l’ancien cimetière de la Madeleine, où Fontaine et Percier élèveront ensuite un monument. Chateaubriand assiste à l’exhumation :
« Le 18 janvier furent exhumés les restes de Marie-Antoinette et de Louis XVI. J’assistai à cette exhumation dans le cimetière où Fontaine et Percier ont élevé depuis, à la pieuse voix de madame la Dauphine et à l’imitation d’une église sépulcrale de Rimini, le monument peut-être le plus remarquable de Paris. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage
Parmi les ossements, il reconnaît la reine, qui lui avait souri à Versailles en 1789 :
« Marie-Antoinette, en souriant dessina si bien la forme de sa bouche, que le souvenir de ce sourire (chose effroyable) me fit reconnaître la mâchoire de la fille des rois, quand on découvrit la tête de l’infortunée dans les exhumations de 1815. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 8. · Lire le passage
Le 21 janvier, les deux cercueils sont conduits à Saint-Denis.

« En voyant le catafalque qui partait du cimetière de Ducluzeau, chargé des restes de la reine et du roi, je me sentis tout saisi ; je le suivais des yeux avec un pressentiment funeste. Enfin Louis XVI reprit sa couche à Saint-Denis […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage
Après ces cérémonies funèbres, qui « si souvent se répétèrent », il se promène le soir dans la basilique :
« […] je me promenais le soir dans la basilique à demi détendue : que je songeasse à la vanité des grandeurs humaines parmi ces tombeaux dévastés, cela va de suite : morale vulgaire qui sortait du spectacle même ; mais mon esprit ne s’arrêtait pas là ; je perçais jusqu’à la nature de l’homme. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 25. · Lire le passage
Ce qu’il en écrit
« Le 20 février l’empereur décrète la restauration de l’église de Saint-Denis ; il consacre les caveaux reconstruits à la sépulture des princes de sa race, et Napoléon n’y sera jamais enseveli : l’homme creuse la tombe ; Dieu en dispose. »
Mémoires d’outre-tombe, livre XX, chapitre 5. · Lire le passage
« […] il passa près de la mare de sang de Waterloo, pour aller à Saint-Denis comme à sa sépulture. »
Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 18. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres V, XIII, XX, XXII, XXIII et XLIII

