Le pavillon acheté près de la barrière d’Enfer, contigu à l’infirmerie Marie-Thérèse fondée par Céleste : domicile de 1826 à 1838, où il écrit la plus grande partie des Mémoires.
En bref
| Adresse d’époque | « Rue d’Enfer−Saint−Michel, no 84 » (signature d’une lettre de 1832, Mémoires, livre XXXV, chapitre 8) ; « près de la barrière ». Le n° 84 figure sur l’Atlas de Jacoubet (feuille 40, vers 1836), au bout des jardins de l’« Hospice Marie-Thérèse », côté ouest de la rue. |
|---|---|
| L’Infirmerie | « Rue d’Enfer, n° 86 » en 1819 (lettre de Céleste à Mme Joubert, 21 octobre 1819) ; « actuellement rue Denfert-Rochereau, 92 » en 1887 (Besserve). Une maison louée trois mille francs par an, avec l’approbation de l’archevêque de Paris ; marraine : la duchesse d’Angoulême, Marie-Thérèse, d’où le nom ; service confié à trois Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. |
| Adresse actuelle | Avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris. Le pavillon des Chateaubriand est au n° 88 selon Paul de Raynal (cité par Besserve, 1887) et Rochegude (1910), devenu l’institution des Sœurs aveugles de Saint-Paul : « leur salon forme l’avant-corps de la chapelle » (Rochegude). L’infirmerie Marie-Thérèse est au n° 92 ; une plaque y porte « Chateaubriand habita ici de 1826 à 1838 » (texte rapporté par J. Marouzeau, qui décrit la demeure au fond d’une cour intérieure). Le parc a été morcelé depuis (fondation Cartier, etc.). |
| Sépulture de Céleste | Dans la chapelle de l’infirmerie, « sous le maître-autel » (Rochegude) : un caveau fermé par une pierre carrée, dans l’arrière-chœur dit chapelle Sainte-Thérèse, avec une épitaphe en lettres d’or sur marbre noir au dos de l’autel (Besserve, 1887). La chapelle conserve les reliques de sainte Célestine, don de Léon XII, et la Sainte Thérèse du baron Gérard, que les Mémoires appellent le « dernier chef-d’œuvre du peintre de Corinne » (Mémoires, livre XXXVI, chapitre 1). |
| Occupation | 1826 (« De retour à Paris, ma vie se trouva occupée entre mon établissement, rue d’Enfer », livre XXVIII, chapitre 11), au retour du séjour de Lausanne (livre XXVIII, chapitre 10 ; Marouzeau situe la décision à ce moment), jusqu’en 1838 (départ pour la rue du Bac, début juillet). Absences : ambassade de Rome (1828-1829), Suisse (1831, 1832), voyages de Prague et de Venise (1833). |
| Avec qui | Céleste ; les sœurs de charité (sœur Marie, supérieure à partir de 1829) et les pensionnaires de l’Infirmerie : vingt-cinq prêtres dans les années 1840 (Daniélo) ; le domestique Baptiste ; le chat Micetto, ramené de Rome. |
| Le logement | Un pavillon tourné vers l’ouest (« Mon gîte fait face à l’occident »), un salon ouvrant sur un « pleasure-ground » ; jardin en trois terrasses jusqu’à un bouquet de bois et une allée de peupliers ; un mur abattu le relie à l’Infirmerie. Selon Marouzeau, le cabinet de travail est au premier étage, ouvert au couchant sur le jardin, avec une bibliothèque de chêne sculpté et une grande table chargée de papiers (témoignages de visiteurs non nommés). |
| Propriété | Achats successifs d’après la notice de Céleste et Besserve (1887) : la maison de l’Infirmerie, le 16 février 1820 (55 000 francs selon Marouzeau) ; en août 1823, une petite maison avec jardin, 14 000 francs, réunie à l’Infirmerie par la concession de la ruelle de Lacaille, contre une rente de quarante francs à la Ville ; en octobre 1824, une maison et un terrain attenants, pour empêcher un café et des montagnes russes : 190 000 francs selon Besserve, 180 000 selon Marouzeau. Ce dernier achat est sans doute le pavillon que Chateaubriand dit valoir « une soixantaine de mille francs » et avoir payé « beaucoup plus cher » (identification probable). Jamais entièrement payé, hypothéqué, mis en vente sans acquéreur en 1831. |
| Après lui | En 1838, Céleste « laisse cet établissement » (sa notice) ; en 1840, elle refuse de revenir sur « l’abandon que j’ai fait de cette maison ». L’archevêché de Paris acquiert l’ensemble (1838) ; l’Infirmerie reste une maison de prêtres âgés (en 1887, elle ne reçoit plus qu’eux, Besserve). |
| La « Villa Chateaubriand » | Le pavillon, au 114 de la rue d’Enfer en 1856 (aujourd’hui 88, avenue Denfert-Rochereau), loge d’abord une communauté de prêtres du Saint-Cœur de Marie ; le P. Pierre-Julien Eymard y loge en mai 1856, en prend possession le 1er juin et y fonde la première maison de la congrégation du Saint-Sacrement : chapelle provisoire dans l’ancien cabinet de Chateaubriand, chambre d’Eymard dans l’ancienne chambre de l’écrivain, donnant sur le parc et sur un cèdre qu’il avait planté ; une chapelle plus grande, bâtie en avançant la façade, est consacrée le 28 septembre 1856. L’archevêché met la maison en vente : les religieux partent le 3 avril 1858. Depuis 1858, la maison appartient aux Sœurs aveugles de Saint-Paul (œuvre fondée en 1852), aujourd’hui l’Institut d’éducation sensorielle (site Lieux eymardiens). Marouzeau, qui écrit « revendu en 1848 », semble avoir confondu 1848 et 1858. |
| Événements | 30 juillet 1830 ; arrestation du 16 juin 1832, le 20 selon les Mémoires (on vient l’y prendre à quatre heures du matin) ; rédaction des Mémoires (« la plupart des pages sont datées de la rue d’Enfer »). |
| Certitude | Domicile certain (Mémoires, livres XXVIII à XLII). Dates de l’Infirmerie : notice et lettres de Céleste (Pailhès, 1888 ; Besserve, 1887) ; montants divergents entre Besserve et Marouzeau, signalés. |
Le lieu
Sur la rive gauche, au sud du Luxembourg, près de la barrière d’Enfer (place Denfert-Rochereau).
Histoire
La rue d’Enfer (via inferior, la route basse d’Orléans) est devenue l’avenue Denfert-Rochereau en 1879. Céleste de Chateaubriand y fonde en 1819 l’infirmerie Marie-Thérèse, asile pour prêtres âgés et dames ruinées par la Révolution, qui existe toujours. Pour empêcher l’installation d’un café et de montagnes russes dans le pavillon voisin, Chateaubriand l’achète « beaucoup plus cher » qu’il ne valait, et s’y installe.
Le pavillon et le jardin (description de 1833)
« Le pavillon que j’habite près de la barrière pouvait monter à une soixantaine de mille francs ; mais, à l’époque de la hausse des terrains, je l’achetai beaucoup plus cher, et je ne l’ai pu jamais payer : il s’agissait de sauver l’Infirmerie de Marie−Thérèse fondée par les soins de madame de Chateaubriand et contiguë au pavillon […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« […] une compagnie d’entrepreneurs se proposait d’établir un café et des montagnes russes dans le susdit pavillon, bruit qui ne va guère avec l’agonie. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« Des fenêtres du salon on aperçoit d’abord ce que les Anglais appellent pleasure−ground, avant−scène formée d’un gazon et de massifs d’arbustes. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« Au delà de ce pourpris, par−dessus un mur d’appui que surmonte une barrière blanche losangée, est un champ variant de cultures et consacré à la nourriture des bestiaux de l’Infrmerie. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« J’ai planté vingt−trois cèdres de Salomon et deux chênes de druides […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« Un mail, double allée de marronniers, conduit du jardin supérieur au jardin inférieur ; le long du champ intermédiaire la déclivité du sol est rapide. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« La démolition d’un mur m’a mis en communication avec l’Infirmerie de Marie−Thérèse ; je me trouve à la fois dans un monastère, dans une ferme, un verger et un parc. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« Mon gîte fait face à l’occident. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
Le jardin se mêle, dit-il, aux arbres de l’enclos des Enfants trouvés et du boulevard d’Enfer : « Je n’aperçois pas une maison ». Selon Besserve (1887), le cèdre qu’on voyait alors à l’entrée de l’Infirmerie venait de la Vallée-aux-Loups ; Marouzeau se demande si un des cèdres plantés par Chateaubriand n’est pas celui qui domine la façade de l’ancien club américain, aujourd’hui la fondation Cartier (hypothèse).
Le cèdre de la fondation Cartier
Le cèdre du Liban qui se dressait devant la fondation Cartier, 261, boulevard Raspail, dans une partie de l’ancien parc, passait pour avoir été planté par Chateaubriand en 1823, sur un terrain qui lui appartenait alors ; l’attribution et la date viennent de la presse de 2020, qui ne cite pas de document ancien, et J. Marouzeau en faisait déjà une hypothèse. Recensé parmi les « Arbres remarquables de France » depuis 2015, l’arbre, presque bicentenaire, avait souffert des constructions successives, dont celle de la fondation (1994), puis des sécheresses : il perdit ses aiguilles d’avril à juillet 2020. La Fondation demanda à la Mairie de Paris une autorisation d’abattage d’urgence, et le cèdre fut abattu à la fin du mois d’août 2020 ; l’association Monts 14 imputa sa mort aux travaux. Un autre arbre devait le remplacer (Paris ZigZag ; Noblesse et Royautés, 29 septembre 2020).
Sur la passion de Chateaubriand pour les arbres, à la Vallée-aux-Loups, rue d’Enfer et à Ussé, voir la fiche de la Vallée-aux-Loups.
Vivre à l’hospice
« Le matin à cinq heures je m’éveille au son de l’Angelus ; j’entends de mon lit le chant des prêtres dans la chapelle ; je vois de ma fenêtre un calvaire qui s’élève entre un noyer et un sureau […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« Des processions, composées de tous nos infirmes, précédés des jeunes filles du voisinage, passent en chantant sous les arbres avec le Saint−Sacrement, la croix et la bannière. Madame de Chateaubriand les suit le chapelet à la main, fière du troupeau objet de sa sollicitude. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« J’ai pour compagnon un gros chat gris−roux à bandes noires transversales, né au Vatican dans la loge de Raphaël […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« Ma maison, les divers bâtiments de l’Infirmerie avec leur chapelle et la sacristie gothique, ont l’air d’une colonie ou d’un hameau. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVI, chapitre 1. · Lire le passage
« […] ma maison rue d’Enfer n’est pas payée. Je vis pêle−mêle avec les pauvres de madame de Chateaubriand […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXVII, chapitre 3. · Lire le passage
« Deux créatures qui ne se conviennent pas pourraient aller chacune de son côté ; eh bien ! faute de quelques pistoles, il faut qu’elles restent là en face l’une de l’autre […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 8. · Lire le passage
La lecture de 1834
Au début de 1834, Chateaubriand fait lire des fragments des Mémoires à quelques invités, à l’Abbaye-aux-Bois ; Désiré Nisard, l’un d’eux, obtient de les lire rue d’Enfer. Son récit, publié en 1834 dans le recueil Lectures des Mémoires de M. de Chateaubriand, est cité par Daniélo :
« […] j’allai rue d’Enfer, le cœur me battait […] »
Désiré Nisard, 1834 (cité par Daniélo, 1864). · Lire le passage
« […] je les ai lus devant lui, sur le fauteuil où il s’assied, à la table où il les a écrits, lui à ma droite corrigeant des pages déjà recopiées; son secrétaire, qui est son ami, à ma gauche, transcrivant de nouveau, au fur et à mesure, les pages corrigées et raturées […] »
Désiré Nisard, 1834 (cité par Daniélo, 1864). · Lire le passage
L’Infirmerie racontée par Céleste
Céleste fonde l’œuvre pour deux sortes de misères nées de la Révolution : des dames qui ne pouvaient se résoudre à l’hôpital commun et de vieux prêtres sans asile. Ses lettres aux Joubert, publiées par Paul de Raynal et reprises par Blanche Besserve (1887), suivent les débuts :
« […] je n’ai pas un moment à moi, ils sont tous à la rue d’Enfer, n° 86, où je passe ma vie. »
Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 21 octobre 1819 (Besserve, 1887). · Lire le passage
« Je croyais que c’était peu de chose que de monter une Infirmerie […] »
Même lettre. · Lire le passage dans Blanche Besserve, Vie de madame de Chateaubriand
« Nos trois Sœurs y entrent lundi […] »
Même lettre. · Lire le passage
« Imaginez-vous tout ce que j’ai à faire aujourd’hui? A déjeuner d’abord, puis la messe ; après cela, il faut que je coure aux quatre coins de Paris pour des dons à toucher, que j’aille chez tous les marchands de guenilles pour acheter de quoi meubler la chambre d’un prêtre qui vient de nous arriver: ensuite mille lettres à écrire, cent ouvriers à gronder, une supérieure à apaiser […] »
Céleste de Chateaubriand à Joubert, 10 novembre 1821 (Besserve imprime « 1831 », impossible : Joubert meurt en 1824 ; Marouzeau donne 1821). · Lire le passage
« […] la jolie maison, avec le beau jardin qui touche l’hospice, est à vendre. C’est tout ce que désirait M. de Chateaubriand ; il me donne l’ordre positif de l’acheter. »
Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 28 juillet 1822 (Besserve, 1887). · Lire le passage
« Trente-trois personnes à nourrir, deux maisons à payer et pas un sou dans la caisse! »
Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, 23 août 1822 (Besserve, 1887). · Lire le passage
« Après le 21, jour de notre cérémonie, je vous écrirai un volume. »
Céleste de Chateaubriand à Mme Joubert, octobre 1822 (Besserve, 1887). · Lire le passage
« Notre quête a été de près de neuf mille francs. »
Céleste de Chateaubriand aux Joubert, octobre 1822 (Besserve, 1887). · Lire le passage
Les ressources viennent des quêtes, des sermons de charité, des dons de la famille royale et d’une fabrique de chocolat montée dans la maison, à partir d’un sac de cacao reçu en étrennes ; Céleste aurait un jour signé, par jeu, « Vicomtesse de Chocolat » (Besserve). Victor Hugo raconte qu’elle lui fit payer quinze francs un « chocolat religieux » : Marouzeau place la scène à l’Infirmerie, mais Hugo la situe rue Saint-Dominique, n° 27 (voir cette fiche).
La notice historique que Céleste rédigea année par année, conservée à l’Infirmerie, est citée par l’abbé Pailhès (1888) :
« […] celui des prêtres surtout qui n’est disposé que pour recevoir quinze ecclésiastiques, tandis que, depuis un an, on en a toujours de seize à dix-sept. »
Céleste de Chateaubriand, notice de l’Infirmerie, année 1831 (Pailhès, 1888). · Lire le passage
« Le nouveau bâtiment destiné aux ecclésiastiques a coûté, y compris les peintures, boiseries, papiers, corps de bibliothèques, etc., la somme de 76.195 francs. »
Même notice, années 1834-1837. · Lire le passage dans Gabriel Pailhès, Madame de Chateaubriand, lettres inédites à M. Clausel de Coussergues
« Mme de Chateaubriand laisse cet établissement, qu’elle a commencé sans autres ressources qu’une somme de 400 fr., donnée par le roi de Prusse, sinon riche, du moins en pleine prospérité, et libre de toutes dettes et charges autres qu’une rente de quarante francs à la ville de Paris, pour la concession d’un terrain dit : la ruelle de Lacaille […] »
Même notice, année 1838. · Lire le passage
Divergence sur les débuts : Céleste parle de 400 francs donnés par le roi de Prusse ; Marouzeau, de 1 500 francs prêtés (« donnés », selon elle) par un ami.
« Le Chapitre actuel aurait bien voulu que je revinsse sur l’abandon que j’ai fait de cette maison, mais je ne le puis, ni ne le veux […] »
Céleste de Chateaubriand à Clausel de Coussergues, printemps 1840 (Pailhès, 1888). · Lire le passage
La maison des prêtres
Julien Daniélo, secrétaire de Chateaubriand, a décrit l’Infirmerie dans les années 1840 ; Pailhès le cite :
« […] la maison des prêtres, la gloire du jardin […] »
Julien Daniélo, cité par Pailhès, 1888. · Lire le passage
« […] c’est Mme de Chateaubriand qui en a choisi le site et tracé le plan […] »
Julien Daniélo, cité par Pailhès, 1888. · Lire le passage
« On ne doit pas juger de l’Infirmerie par son entrée, par les seuls édifices que l’on aperçoit d’abord. »
Julien Daniélo, cité par Pailhès, 1888. · Lire le passage
En 1887, l’abbé Pailhès visite les lieux : à droite les parloirs, le portrait de Céleste peint par Henriette Lorimier en 1840, la pharmacie où l’on emballe le chocolat, la chapelle et la tombe ; au centre d’une pelouse, le pavillon carré à deux étages des vieux prêtres ; à gauche la basse-cour, l’étable, la fabrique de chocolat ; derrière, le potager, puis le parc, dont on vient d’abattre plusieurs arbres le long du mur des Enfants assistés.
La tombe de Céleste
« Ci-gît dame Céleste BUISSON, vicomtesse de Chateaubriand. Distinguée par l’exercice des bonnes œuvres qu’inspire la religion, elle a voulu faire bénir sa mémoire par la pieuse fondation de l’Infirmerie Marie-Thérèse, faite de concert avec son époux le vicomte de Chateaubriand. Décédée le 9 février 1847, à l’âge de 73 ans, elle repose dans le caveau de cette chapelle, selon le désir qu’elle en a exprimé. »
Épitaphe de la chapelle de l’Infirmerie (relevée par Besserve, 1887). · Lire le passage
Le legs et les dettes
« Mes ordres étaient donnés pour exécuter dans mon jardin et dans ma maison, rue d’Enfer, les changements et les accroissements nécessaires, afin qu’à ma mort le legs que je voulais faire de cette maison à l’infirmerie de madame de Chateaubriand fût plus profitable. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXI, chapitre 1. · Lire le passage
« On m’écrivait de Paris qu’on ne trouvait à vendre ma maison, rue d’Enfer, qu’à des prix qui ne suffiraient pas pour purger les hypothèques dont cet ermitage est grevé […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 8. · Lire le passage
Le départ de 1838
Charles Le Goffic (1902) explique le départ par le besoin d’indépendance et la vente des Mémoires (1836), qui assure un revenu :
« Chateaubriand avait une autre raison pour quitter l’infirmerie Marie-Thérèse. »
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », 1902.
Céleste quitte en même temps la direction de l’Infirmerie, cédée à l’archevêché ; elle évoque en 1840 « notre affaire avec M. l’Archevêque », qui les oblige à des économies (lettre à Clausel de Coussergues).
Chronologie des séjours
| Date | Ce qui s’y passe |
|---|---|
| 1815 | À Gand, pendant les Cent-Jours, Céleste promet d’entreprendre une œuvre agréable à Dieu si le roi rentre en France (Besserve). |
| 1816-1819 | Elle recueille des offrandes, mises en réserve en attendant un local (Marouzeau). |
| 15 octobre 1819 | Les trois Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul prennent possession de l’Infirmerie, au 86, rue d’Enfer (Besserve ; Marouzeau). Divergence : le 21 octobre, Céleste écrit encore « Nos trois Sœurs y entrent lundi », soit le 25 octobre. |
| 8 décembre 1819 | Bénédiction de la maison et de la première chapelle par Mgr Cortois de Pressigny, archevêque de Besançon ; neuf personnes, douze à la fin de l’année (Besserve). |
| 16 février 1820 | Achat de la maison de l’Infirmerie (Besserve ; février 1820 et 55 000 francs selon Marouzeau). |
| 15 octobre 1820 | Fête de sainte Thérèse : première visite de la duchesse d’Angoulême ; le cardinal de Périgord officie (Besserve). |
| 1er décembre 1820 | Visite de la duchesse de Berry : Chateaubriand lui offre l’eau du Jourdain puisée en 1806, qui sert au baptême du duc de Bordeaux (Besserve). |
| 1822 | Chapelle construite, bénie par Mgr de Quélen (Besserve). 28 juillet : la maison voisine est à vendre ; 23 août : « Trente-trois personnes à nourrir » (lettres de Céleste). |
| Octobre 1822 | Fête annuelle : quête de « près de neuf mille francs » ; la duchesse de Berry visite l’Infirmerie. Date : le 21 selon Céleste, le 27 selon Marouzeau. |
| Août 1823 | Achat d’une petite maison et d’un jardin (14 000 francs) ; concession de la ruelle de Lacaille (Besserve). |
| Octobre 1824 | Achat d’une maison et d’un terrain attenants, menacés d’un café et de montagnes russes (190 000 francs selon Besserve, 180 000 selon Marouzeau). |
| 1826 | Installation dans le pavillon (Mémoires, livre XXVIII, chapitre 11), après le séjour de Lausanne. Le Goffic dit qu’il venait de la rue Saint-Dominique (n° 27). |
| Septembre 1828 | Départ pour Rome : l’Infirmerie est libre de toute dette ; la petite maison de la ruelle de Lacaille lui est laissée en propriété (Besserve, d’après la notice de Céleste). |
| 1828-1829 | Ambassade de Rome ; ses ordres sont donnés pour agrandir la maison et le jardin, afin que le legs à l’Infirmerie soit plus profitable (livre XXXI, chapitre 1). |
| 1829 | Sœur Marie, trente et un ans, devient supérieure à la demande des Chateaubriand (souvenirs de sœur Vincent recueillis par Pailhès, 1888). |
| 29 juillet 1830 | Pillage de la maison des missionnaires, rue d’Enfer (livre XXXII, chapitre 7). |
| 1831 | Il cherche à vendre la maison pour purger les hypothèques ; aucun acquéreur (livre XXXIV, chapitre 8). |
| 16 juin 1832 | Arrestation chez lui, à quatre heures du matin : le mandat de dépôt est daté du 16 ; les Mémoires disent le 20 (livre XXXV, chapitre 4) ; il y rentre en fiacre avec Céleste après sa libération. |
| 9 mai 1833 | Description du pavillon et du jardin (livre XXXVI, chapitre 1). |
| 1834-1837 | Construction de la maison des prêtres, à quatre étages, sur le plan de Céleste : 76 195 francs (notice de Céleste). |
| 1838 | Céleste abandonne l’Infirmerie à l’archevêché, qui acquiert aussi le pavillon ; départ pour la rue du Bac, début juillet. |
| 1er juin 1856 | Le P. Eymard prend possession du pavillon, « Villa Chateaubriand », première maison de la congrégation du Saint-Sacrement (chapelle consacrée le 28 septembre). |
| 3 avril 1858 | Départ de la congrégation ; les Sœurs aveugles de Saint-Paul s’installent au n° 88, où l’œuvre est toujours (Institut d’éducation sensorielle). |
| Février 1847 | Céleste, morte rue du Bac, est inhumée dans la chapelle de l’Infirmerie. |
Ce qu’il en écrit
« De retour à Paris, ma vie se trouva occupée entre mon établissement, rue d’Enfer, mes combats renouvelés à la Chambre des pairs et dans mes brochures contre les différents projets de lois contraires aux libertés publiques […] »
Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 11. · Lire le passage
Ce qu’en ont écrit d’autres
« Elle venait de créer, dans une maison de la rue d’Enfer, un asile pour les femmes ruinées par la révolution et pour les prêtres âgés, — l’Infirmerie de Marie-Thérèse, — et elle se consacrait à cette œuvre avec un dévouement et une activité incroyables […] »
Maurice Paléologue, « Madame de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1889 (Wikisource).
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XXVIII (chap. 10-11), XXXI (chap. 1), XXXII (chap. 7), XXXIV (chap. 8), XXXV (chap. 4-8), XXXVI (chap. 1), XXXVII (chap. 3)
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1re série, 1902 (lire en ligne)
Blanche Besserve, Vie de madame de Chateaubriand, Lille, Lefort, 1887 (lettres de Céleste, notice de l’Infirmerie) (lire sur le site · Internet Archive)
Abbé G. Pailhès, Madame de Chateaubriand : lettres inédites à M. Clausel de Coussergues, Bordeaux, Feret, 1888 (lire sur le site · Internet Archive)
J. Marouzeau, « Monsieur et Madame de Chateaubriand à l’Infirmerie Marie-Thérèse », p. 43-51 (exemplaire photographié ; faits seulement, texte non libre de droits)
« Villa Chateaubriand », site Lieux eymardiens (histoire de la congrégation du Saint-Sacrement ; document du Drive, faits seulement)
Julien Daniélo, Les Conversations de M. de Chateaubriand, 1864 (cite le récit de Désiré Nisard, 1834) (lire sur le site · Internet Archive)
Théodore Jacoubet, Atlas général de la ville de Paris, 1827-1836 (BHVP, Wikimedia Commons), feuille 40 (lire en ligne)
Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements, Paris, Hachette, 1910 (20 vol.) (lire en ligne)
Camille Beau, « Le cèdre du Liban bicentenaire de la Fondation Cartier a été abattu ! », Paris ZigZag, 2020 (page mise à jour le 24 septembre 2020) (lire en ligne)
Régine Salens, « Le cèdre de Chateaubriand abattu », Noblesse et Royautés, 29 septembre 2020 (lire en ligne)





















