1833, puis dernier voyage en juin 1845.
En bref
| 1806 | Du 23 au 28 juillet 1806 (Mayer), en route pour la Grèce, avec Céleste (qui rentre ensuite à Paris) : hôtel du Lion-Blanc, près du Rialto, presque en face du palais Foscari (l’hôtel a depuis changé de lieu, note-t-il en 1833). |
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| 1833 | Septembre 1833 (10 – 17 septembre environ) : hôtel de l’Europe, dans l’ancien palais Giustinian (aujourd’hui Ca’ Giustinian, siège de la Biennale ; ce n’est pas l’actuel hôtel Europa & Regina), « à l’entrée du grand canal, en face de la Douane de mer, de la Giudecca et de Saint−Georges−Majeur » ; il y attend la duchesse de Berry et y laisse ses bagages en partant pour Ferrare. |
| Certitude | Certain (Mémoires, livres XXXIX et XL). |
Le lieu
Ville lagunaire de l’Adriatique, bâtie sur une centaine d’îlots.
Histoire
La République de Venise disparaît en 1797 ; la ville passe à l’Autriche, à Napoléon, puis de nouveau à l’Autriche en 1815. Chateaubriand la voit en 1806, en partant pour l’Orient, puis en 1833 ; il y retrouve Henri V en 1845. Il y passe deux fois : en juillet 1806, cinq jours, avant de s’embarquer à Trieste pour la Grèce, et en septembre 1833, où il loge à l’hôtel de l’Europe, à l’entrée du Grand Canal.
Deux hôtels
« A cette époque je demeurais à l’hôtel du Lion−Blanc, près Rialto, cet hôtel a changé de lieu. Presque en face de mon ancienne auberge est le palais Foscari qui tombe. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 5. · Lire le passage
« Mon auberge, l’hôtel de l’Europe, est placée à l’entrée du grand canal, en face de la Douane de mer, de la Giudecca et de Saint−Georges−Majeur. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 4. · Lire le passage
« Je partis laissant mes bagages à l’hôtel de l’Europe, comptant revenir avec Madame. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XL, chapitre 1. · Lire le passage
L’hôtel de l’Europe : le palais Giustinian
L’hôtel de 1833 n’est pas l’hôtel Europa & Regina d’aujourd’hui, qui en a gardé le nom mais pas l’emplacement. Il occupe l’ancien palais Giustinian, un palais gothique du Grand Canal transformé en hôtel vers 1820 (articles « Ca’ Giustinian » de Wikipédia, en italien et en anglais) ; c’est aujourd’hui le siège de la Biennale de Venise.

Les voyageurs français de ces années, cités par Laetitia Levantis (Cahiers d’études romanes, 2007), décrivent le même lieu. Antoine Jal, en 1836, descend « à l’Europa, chez Madame Marseille, française », dans un hôtel « placé sur le grand canal, vis-à-vis la douane de mer, à une portée d’arbalète de la Piazzetta » ; dans sa « chambre haute », il passe une nuit glacée. Un anonyme, en 1827, le trouve « établi dans un palais tellement gothique et en si mauvais état, extérieurement, qu’on est prévenu assez défavorablement en y débarquant », mais les appartements, « trop vastes, y sont cependant fort beaux ».
Chateaubriand y arrive le 10 septembre 1833 (Mayer). Levantis, d’après Lina Urban Padoan, date son séjour de 1834 : les Mémoires, datés de « Venise, hôtel de l’Europe, 10 septembre 1833 », et Mayer donnent 1833.
« Je désirai, par ses suggestions diaboliques, demeurer seul une quinzaine de jours à l’hôtel de l’Europe, au grand détriment de la monarchie légitime. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 3. · Lire le passage
« […] mais les cousins, vilaines bêtes qui me mangent moi-même à l’hôtel de l’Europe, tout endurci que je suis par le temps et les maringouins des Florides. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 6. · Lire le passage
« Après ces courses, rentré à l’hôtel de l’Europe, j’ai remercié Dieu de m’avoir transporté des pourceaux de Waldmünchen aux tableaux de Venise. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 7. · Lire le passage
Sept ans plus tard, en 1840, Turner peint à l’aquarelle des vues prises de l’hôtel. L’une montre Saint-Georges-Majeur, que Chateaubriand dit avoir en face de lui.


Ce qu’il en écrit
« Venise ! nos destins ont été pareils ! mes songes s’évanouissent, à mesure que vos palais s’écroulent […] »
Mémoires d’outre-tombe, « Sur Venise », chapitre 18, parmi les pièces retranchées publiées en fin de volume. · Lire le passage dans Essai sur la littérature anglaise
« J’arrivai à Venise le 23 ; j’examinai pendant cinq jours les restes de sa grandeur passée […] »
Itinéraire de Paris à Jérusalem, Ire partie (Wikisource). · Lire le passage
« On peut, à Venise, se croire sur le tillac d’une superbe galère à l’ancre, sur le Bucentaure, où l’on vous donne une fête, et du bord duquel vous apercevez à l’entour des choses admirables. »
Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 4. · Lire le passage
« C’est la plus triomphante cité que j’aie jamais vue ! »
Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 4 (citant Commynes). · Lire le passage
Ce qu’en ont écrit d’autres
« Dans Venise la rouge,
Alfred de Musset, « Venise », Contes d’Espagne et d’Italie, 1830 (Wikisource).
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l’eau,
Pas un falot. »
Sources et documents
Laetitia Levantis, « Séjourner à Venise : des auberges populaires du XVIIIe siècle aux luxueux hôtels de l’âge romantique », Cahiers d’études romanes, 17, 2007 (citations de Jal, 1836, t. II, p. 125-126, et des Nouvelles annales des voyages, 1827, t. 6, p. 323) (lire en ligne)
Article « Ca’ Giustinian », Wikipédia (lire en ligne)
Gilbert Mayer, « Calendrier des déplacements de Chateaubriand », Annales de Bretagne, 1946 (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XXXIX et XL
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge, année 1806





