Le rez-de-chaussée de l’hôtel du 120 (alors 112) rue du Bac : dernier domicile, d’août 1838 à sa mort, le 4 juillet 1848, à dix minutes de l’Abbaye-aux-Bois.
En bref
| Adresse d’époque | Rue du Bac, n° 112 (Le Goffic) ; Victor Hugo, en 1848, écrit « rue du Bac, 110 ». |
|---|---|
| Adresse actuelle | 120, rue du Bac, 75007 Paris : l’un des deux hôtels jumeaux (n° 118-120) bâtis en 1713-1715 par Claude-Nicolas Lepas-Dubuisson pour la Société des Missions étrangères ; le n° 118 est l’hôtel de Clermont-Tonnerre ; portails attribués à Toro et à Louis Dupin (Wikipédia). Un buste de Chateaubriand se dresse en face, square des Missions-Étrangères. |
| Occupation | Location à partir de l’été 1838 (lettre à Mme Récamier du 5 juillet 1838 sur « nos arrangements futurs ») jusqu’à sa mort, le 4 juillet 1848, vers huit heures du matin. |
| Logement | Le rez-de-chaussée des deux pavillons jumeaux (« un étage sur entre-sol ») ; la chambre où il meurt, son lit, les caisses des Mémoires au pied du lit (Hugo). |
| Avec qui | Céleste (morte dans la maison le 9 février 1847) ; un cuisinier, un valet de chambre et sa femme, lingère ; une voiture et deux chevaux loués au mois (souvenirs du coiffeur Adolphe Pâques rapportés par Le Goffic). |
| Un objet | Son encrier en porcelaine de Paris, décor bleu nuit et or, offert en 1846 à Mathilde Martin-Deslandes, est conservé à la Maison de Chateaubriand (cartel de l’exposition « La Vallée-aux-Loups et l’Abbaye-aux-Bois : les lieux d’un amour », 2026). |
| Habitudes | Travail le matin ; vers trois heures, promenade vers le boulevard du Montparnasse (le cyprès de Mme de Beaumont), puis l’Abbaye-aux-Bois. |
| Premier séjour rue du Bac | Le Goffic indique en note qu’il avait déjà habité la même rue, au n° 42, de 1818 à 1820 (à confirmer : ce serait le logement parisien qui suit la vente de la Vallée-aux-Loups). |
| Après lui | En 1910, l’appartement de Chateaubriand est occupé par la famille de Chocqueuse, depuis 1880 ; le premier étage l’avait été de 1852 à 1854 par la marquise de La Rochelambert (Rochegude, qui date à tort le séjour de Chateaubriand « de 1829 à 1848 »). |
| Certitude | Domicile, dates et étage certains ; premier séjour au n° 42 d’après Le Goffic seul (Rochegude place en 1817-1821 un domicile au 25 ancien de la rue de l’Université). |
Le lieu
Rive gauche, dans le faubourg Saint-Germain ; le jardin de la maison donnait sur celui des Missions étrangères.
Histoire
Rive gauche, faubourg Saint-Germain ; le jardin donne sur celui des Missions étrangères. Le Goffic décrit en 1902 les deux pavillons jumeaux du XVIIIe siècle, « d’un étage sur entre-sol », dont la double porte cochère porte des médaillons qu’il attribue à Bernard Toro, et précise que le rez-de-chaussée occupé par Chateaubriand était resté dans son état primitif chez la propriétaire d’alors, la marquise de Saint-Chamans. L’hôtel est inscrit monument historique (1926) ; une plaque rappelle la mort de Chateaubriand.
La maison
« […] il loua, rue du Bac, les deux pavillons jumeaux qui portaient le no 112, devenu aujourd’hui le 120. »
Charles Le Goffic, 1902.
« […] ses bâtiments du XVIIIe siècle, d’un étage sur entre-sol, ses toits bas et fuyants, son fronton en ronde bosse, grouillant de sphinx et de chimères […] »
Charles Le Goffic, 1902.
« […] vous retrouverez au rez-de-chaussée, dans leur état primitif, les appartements qu’occupa Chateaubriand sur la fin de sa vie […] »
Charles Le Goffic, 1902.
Le Goffic écrit en 1902 que « la maison de la rue du Bac n’a pas changé ». Eugène Atget l’avait photographiée trois ans plus tôt, en mai 1899 :

Deux visites de famille (1840, 1844)
Charles Du Boishamon, parent par les Bedée, raconte ses dîners rue du Bac : le dimanche 6 décembre 1840, avec Céleste et M. de Rauville, puis un salon plein de personnages politiques et littéraires, où l’on parle du retour des cendres de Napoléon (15 décembre) ; en juillet 1844, un tête-à-tête, Céleste étant enrhumée, en compagnie d’une perruche et d’un chat. Quelques jours plus tard, il retrouve l’écrivain avec Lamennais :
« M. de Chateaubriand était à demi couché sur un lit de jour ; un secrétaire écrivait sur un bureau, à gauche. L’ex-abbé était presque tapi, à droite, au fond d’une cheminée où il avait établi sa chaise. »
Ch. Du Boishamon, Souvenirs intimes, 1875.
« Il y aurait peut-être quelques personnes qui pourraient se scandaliser de me voir recevoir encore chez moi M. de La Mennais ; mais il me vient assez fréquemment. »
Chateaubriand à Du Boishamon, juillet 1844 (Souvenirs intimes, 1875).
La vie rue du Bac
« Le personnel de sa maison, dit-il, se composait d’un cuisinier, d’un valet de chambre et de la femme de ce dernier qui servait de lingère ; il avait une voiture et louait deux chevaux au mois. »
Adolphe Pâques, cité par Charles Le Goffic, 1902. · Lire le passage dans Hippolyte Buffenoir, De Châteaubriand à Ernest Renan
« Je vois encore M. le vicomte assis dans un grand fauteuil, ayant à sa gauche la cheminée où pétillait un feu clair en toute saison, car il était très frileux. »
Adolphe Pâques, cité par Charles Le Goffic, 1902. · Lire le passage dans Hippolyte Buffenoir, De Châteaubriand à Ernest Renan
La fenêtre sur les Missions
Le cabinet de travail donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères ; c’est là qu’il date les dernières lignes des Mémoires :
« En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 9. · Lire le passage
La maison avait été bâtie pour la Société des Missions étrangères (voir « En bref »). Après sa mort, son cercueil est déposé dans un caveau de leur église, où a lieu le premier service funèbre (Biré ; Le Goffic). Léon Leymonnerye dessine le séminaire en juin 1860, Jules-Adolphe Chauvet la chapelle de leur jardin en 1888 :


Le quartier, jusqu’à l’Abbaye-aux-Bois
Il a choisi la rue du Bac pour vivre près de Mme Récamier :
« Je meurs de joie de nos arrangements futurs et de n’être plus qu’à dix minutes de votre porte […] »
Chateaubriand à Juliette Récamier, 5 juillet 1838, cité par Charles Le Goffic, 1902. · Lire le passage dans Chateaubriand, Souvenirs d'enfance et de jeunesse de Chateaubriand

La rue du Bac finit à la rue de Sèvres. Au bout, entre la rue du Bac, la rue de Sèvres et la rue de la Chaise, s’étend alors l’hospice des Petits-Ménages : l’ancien hôpital des Petites-Maisons, fondé en 1557 sur l’emplacement de la maladrerie Saint-Germain, devenu en 1801 une maison de retraite pour les vieux ménages, les veufs et les veuves qui pouvaient payer une modeste pension ; son église longe la rue de Sèvres, son portail principal ouvre sur la rue de la Chaise (Wikipédia, « Petites-Maisons »). Sur le plan qu’en dresse Léon Leymonnerye en 1846, l’Abbaye-aux-Bois est en face, de l’autre côté de la rue de la Chaise (« aux Dames de l’Abbaye-aux-Bois »). Le boulevard Raspail n’existait pas, et la rue de Babylone ne traversait pas ce terrain : après le départ de l’hospice, on a rasé ses bâtiments pour prolonger l’une et percer l’autre, avec la rue Velpeau, la rue Chomel et le square Boucicaut (Wikipédia). De la rue du Bac à l’Abbaye, on longeait donc l’hospice, par la rue de Sèvres ou par la rue de la Chaise.


L’hospice part pour Issy-les-Moulineaux en 1863 selon Wikipédia, en 1865 selon Rochegude ; le musée Carnavalet le dit supprimé en 1864 et démoli en 1868. Le grand magasin du Bon Marché est bâti sur son terrain à partir de 1869 (première pierre le 9 septembre, inauguration le 2 avril 1872). La première boutique « Au Bon Marché », une mercerie des frères Paul et Justin Videau, avait ouvert en 1838, l’année même où Chateaubriand s’installe rue du Bac (Wikipédia, « Le Bon Marché »).

Au printemps de 1849, après la mort de Chateaubriand, le choléra revient ; on parle de cas à l’hospice, et Mme Récamier quitte l’Abbaye :
« On avait raconté que plusieurs accidents très-rapides avaient eu lieu à l’hospice des Ménages, dont l’Abbaye-au-Bois n’était séparée que par son jardin. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, t. II, 1859. · Lire le passage
La chambre mortuaire (4 juillet 1848)
« Aux pieds de M. de Chateaubriand, dans l’angle que faisait le lit avec le mur de la chambre, il y avait deux caisses de bois blanc posées l’une sur l’autre. »
Victor Hugo, Choses vues, « Mort de Chateaubriand ».
Ce qu’en ont écrit d’autres
« […] il loua, rue du Bac, les deux pavillons jumeaux qui portaient le no 112, devenu aujourd’hui le 120. »
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1902 (Wikisource).
« Aux pieds de M. de Chateaubriand, dans l’angle que faisait le lit avec le mur de la chambre, il y avait deux caisses de bois blanc posées l’une sur l’autre. La plus grande contenait le manuscrit complet de ses Mémoires, divisé en quarante-huit cahiers. »
Victor Hugo, Choses vues, « Mort de Chateaubriand », 4 juillet 1848 (Wikisource).
Sources et documents
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1re série, 1902 (lire en ligne)
Victor Hugo, Choses vues, « Mort de Chateaubriand », 4 juillet 1848 (lire en ligne)
Wikipédia, article « Rue du Bac » (consulté le 31 octobre 2026 ; renseignement à recouper) (lire en ligne)
Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements, Paris, Hachette, 1910 (20 vol.) (lire en ligne)
Ch. Du Boishamon, Chateaubriand : souvenirs intimes, Dinan, Bazouge, 1875 (Gallica) (lire en ligne)
Wikipédia, articles « Petites-Maisons » et « Le Bon Marché » (consultés le 7 novembre 2026 ; renseignement à recouper) (lire en ligne)
Musée Carnavalet, Paris Musées : dessins de Léon Leymonnerye (« Les Ménages », 1831-1869 ; Missions étrangères, 1860), photographies de Pierre Emonts, de Charles Marville et d’Eugène Atget, dessin de Jules-Adolphe Chauvet (CC0) (lire en ligne)



















