Livre VII · Livre VII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier, 25 avril 1829
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Samedi. Rome, le 25 avril 1829.
« Tandis que j'attends le courrier extraordinaire qui doit décider de mes résolutions, je m'occupe de donner à la grande-duchesse Hélène, mardi prochain, une petite fête dans les jardins de l'Académie. Ces jardins sont déjà à eux seuls une fête, et surtout dans cette saison. Nous aurons un déjeuner, de la musique dans les bosquets, les dames du pays, une improvisatrice, des proverbes, et un ballon. Vous voyez que le temps sera rempli. Après quoi, le rideau s'abaisse ; je ferme ma porte et je vous attends dans ma solitude, ou je vais vous retrouver.
« J'attends aujourd'hui M. de Blacas qui va en France; nous aurons une querelle : je ne permets pas qu'on se mêle de mes affaires, et je suis le maître à Rome; M. de Laval était trop bon. M. de Blacas m'écrivait des lettres pour faire élire le cardinal de Gregorio, et il veut se donner l'air d'avoir dirigé l'élection du cardinal Castiglioni. Il voulait voir Pie VIII en secret, pour aller ensuite conter de belles choses : j'y ai mis bon ordre.
« La poste aujourd'hui n'a rien de vous. Une lettre embrouillée de Givré, datée du 13, me dit que le 16 il devait y avoir décision sur l'intérim; je n'en crois rien, car j'aurais déjà reçu le courrier qui m'annoncerait l'événement. Givré, excellent garçon et garçon de mérite, m'instruira mal, et vous instruira plus mal encore. Il n'y a pas de tête plus embarrassée ; il a toujours l'air de garder un secret, de ne s'expliquer qu'à moitié et de faire des réticences. Il paraît croire à Rayneval : Dieu l'entende ! Quel bon débarras pour moi, et quelle admirable occasion de rentrer pour jamais dans ma solitude ! Allons, attendons un mot de vous pour vivre, lundi. »