Correspondance
XXXIX. M. de Marcellus → Chateaubriand, 11 février 1823, Londres
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« Je ne sais que penser des Espagnols, s me disait hier M. Canning, « ni comment traiter avec eux, nation entêtée et rétive. Les affaires ne sont pas aussi difficiles à suivre à Constantinople qu'à Madrid. Des deux côtés, il faut chaque jour monter à l'assaut de leur esprit, et toujours à i laide d'interprètes... Le fier Castillan me paraît ressembler beaucoup au Turc. - Vous êtes en ce moment un continuateur ou un plagiaire de lord Byron, ai-je répliqué. Et comme, pendant mon séjour en Turquie, j'avais appris et bien souvent . redit ce passage des notes de Childe Harold, je le répétai : - « Les Ottomans, après tout, ne sont pas un peuple à mépriser. A l'exception de la France et de l'Angleterre, je ne vois pas de nation qui les dépasse en intelligence ou même en industrie. Un sabre turc est-il inférieur à un sabre de Tolède? Un Turc est-il plus mal vêtu, logé, nourri qu'un Espagnol? Leurs pachas sont-ils plus mal élevés que les grands d'Espagne, et un effendi qu'un chevalier de Saint-Jacques? Les l'Turcs, au moins égaux aux Espagnols, sont fort supérieurs aux Portugais. » - Le ministre a beaucoup ri de ce parallèle. - Eh bien! ai-je repris, ce caractère obstiné et inflexible des Espagnols est un de nos meilleurs arguments. Celle nation est trop imbue de ses vieilles coutumes et de ses anciennes institutions, pour passer brusquement à la démocratie, et pour ne pas lui préférer un gouvernement modéré.
« Vous devez, m'a dit M. Canning, dans nos premiers débats parlementaires, être content même de l'Opposition. Elle a ménagé votre roi, tandis qu'elle a attaqué violemment les trois monarques du Nord. J'avais annoncé et prédit à M. de • Chateaubriand, qui va me croire le souffleur de M. Brougham, cette vive sortie contre l'empereur Alexandre. Il faut convenir que certaines phrases - « de la note russe au cabinet espagnol étaient d'une grande maladresse. On a respecté Louis XVIII en raison des espérances que nous avons données du maintien de la paix, quoique, à vrai dire, il n'y ait plus à l'espérer. Une seule chose (j'en suis convaincu dans le fond de mon âme) pourrait tout calmer: | faudrait détruire l'armée d'observation et proclamer que l'Espagne reste abandonnée à elle-même. » - Vous n'allez pas, saris doute, ai-je repris en souriant, jusqu'à tous donner ce conseil. Je ne me chargerais point de le transmettre; je puis vous assurer qu'il ne serait pas suivi, et qu'il recevrait mauvais accueil. - « J'ai la persuasion a morale, » a répliqué le ministre, i qu'il amènerait « promptement la pacification de l'Espagne. »
Plusieurs autres ministres m'ont tenu un langage bien différent, et m'ont exprimé le désir de nous voir passer sur-le-champ les frontières, et nous précipiter sur Madrid. La scission du cabinet britannique sur ce point, comme sur tant d'autres, est manifeste, et un changement dans le ministère, qui ne pourrait être que défavorable à nos intérêts, dépend de nous. Si le parti démocratique se fortifie dans la Péninsule, si notre entrée en campagne est retardée, si notre marche est lente, enfin si l'opinion publique en Angleterre a le temps de jeter dans la lice ses injures, ses trésors, et de pousser è un parti violent, plusieurs des ministres actuels se retireront du conseil, où la domination effective sera laissée à M. Canning. Si, au contraire, toutes négociations cessant, nous décidons une action immédiate, rapide, et que nous avancions à grands pas sur les Cortès, la neutralité sera définitivement résolue; le ministère restera ce qu'il est ; et M. Canning, sans en devenir en ce moment le directeur, s'y maintiendra cependant par ses talents et par la faveur du peuple. M.