Avant-propos
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
M. le vicomte de Chateaubriand fut d'abord peu écouté à Paris, quand il annonça très-franchement, dans ses lettres de Londres, son désir d'aller au congrès de Vérone. M. le vicomte de Montmorency, qui avait déjà reçu cette haute mission, redoutait, par une sorte de pressentiment, un tel collègue. Jusqu'à la fin du mois d'août, toutes les dépêches officielles et les démarches privées avaient échoué sans amener même l'espoir de cette nomination. Le secrétaire particulier: de M. de Chateaubriand, expédié ad hoc, revint le 21 août, ne rapportant que des refus déguisés sous des termes obscurs. L'ambassadeur, piqué au vif, me demanda d'aller plaider moi-même sa cause. Douze heures après, je débarquais à Calais; et le 24, j'entrais dans le cabinet de M. de Villèle.
J'avais compris que, pour réussir, il me fallait parler clair et frapper fort. Je déduisis sans réserve, à ce ministre, et surtout à M. de Montmorency, mon chef direct, les motifs généraux, puis les raisons intimes, personnelles et pressantes qui devaient les déterminer, l'un et l'autre, à céder au désir de M. de Chateaubriand. Et, après trois jours de débats, j'emportai enfin les deux lettres confidentielles annonçant sa mission à Vérone. Les deux ministres avaient eu la bonté de me les lire et d'en commenter les termes avant de les cacheter.
Le 29 août, j'étais de retour à Londres, et je réveillais dans la nuit M. de Chateaubriand, qui ne dormait guère. - « Eh bien, » me dit-il, « ils s'obstinent à a me refuser ? ›-Préparez-vous à partir sous huit jours, repris-je, vous êtes nommé plénipotentiaire à Vérone.-Dans sa joie,. M. de Chateaubriand m'embrassa; mais, le lendemain, il entra brusquement dans ma chambre, tout agité, furieux presque, pour m'expliquer qu'il n'entendait plus partir. Puis, vinrent les agitations d'esprit et les incertitudes qu'il a retracées si vivement dans ses Mémoires d'outre-tombe; enfin, il s'embarqua à Douvres le 8 septembre 1822.