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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques LIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 5 mars 1823, Londres

Correspondance

LIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 5 mars 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 2 min de lecture · p. 159–160 · chapitre 62 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 5 mars 1823.

Votre dernière dépêche officielle me donnait des explications rassurantes sur les troubles qui ont précédé et suivi l'exclusion de M. Manuel; j'ai essayé de les faire comprendre à plusieurs ministres avec lesquels je dînais avant-hier chez lord Westmoreland. Ils blâment comme nous le langage de cet orateur; mais moins que nous ils s'en indignent : et si quelques-uns ont pensé qu'une pénalité devait s'appliquer à ces excès de la parole, tous ont jugé que l'exclusion était une peine trop sévère, et que le silence imposé suffisait. Ils ont unanimement condamné l'intervention définitive des gendarmes; et plus encore l'imprudence de la chambre des députés, qui expose, dans une première tentative de répression, aux harangues de M. de la Fayette une garde nationale douteuse. Tout ce que, pour vous obéir, j'ai pu faire insérer dans les journaux britanniques sur ce point sera inutile, et ne redressera pas l'opinion. Ceci touche à la représentation nationale, aux libertés parlementaires, et ces deux intérêts sont réglés et respectés ici depuis trop long-temps pour que je puisse réussir à rectifier même les préjugés qui s'y rattachent.

Vous ne sauriez croire combien hautement la conduite de la chambre des députés dans cette circonstance a été désapprouvée par la société, par le peuple, et même dans le conseil des ministres. Cette garde nationale, qui refuse d'obéir dans l'enceinte parlementaire, m'a dit M. Canning, n'est-elle pas elle-même la force sur laquelle s'appuie votre sécurité de tous les jours? Et cette majorité qui a créé le ministère actuel, en montrant tant de violence, n'annonce-t-elle pas son peu de durée? J'ai fait tout ce que j'ai pu pour détruire ces funestes pressentiments. Dans ce pays, plus exercé que le nôtre aux débats tumultueux, et mieux soumis aux formes parlementaires, je n'ai pas réussi à justifier la sévérité de la chambre des députés qui consacre un dangereux précédent. Je me suis attaché au moins à démontrer que le gouvernement s'était tenu à l'écart dans cette question de police intérieure; mais, 'malgré ces trop longs détails, je ne reproduis ici qu'imparfaitement l'impression défavorable qu'a faite à Londres l'exclusion de M. Manuel. M.