Correspondance
LXII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 21 mars 1823, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Vos comptes privés à Londres sont soldés sans doute ; mais votre situation financière n'est pas liquidée, et vous avez encore à y voir.
Permettez que je vous rappelle ce que vous avez oublié, ou que je vous explique ce que vous n'avez jamais bien su peut-être.
Du produit des traites que vous avez tirées sur vos appointements d'ambassadeur, et qui m'ont été escomptées ici, à partir du 5 avril, jour de votre arrivée, jusqu'au 8 septembre, jour de votre départ, tout n'a pas été consommé. Ainsi votre fête à la princesse de Danemark, votre réception du duc d'York, vos bals et vos dîners d'apparat, le service courant de l'ambassade et de votre bourse privée n'ont pas épuisé votre crédit chez M. Coutts Trotter.
A ce premier excédant viennent se joindre les petites sommes que j'ai exprimées de votre défroque d'ambassadeur, comme vous disiez ici, et que j'ai déposées au fur et à mesure chez le même banquier.
Ce sont : les malles arrivées si lentement de votre légation de Berlin ; les services de table ordinaires en terre anglaise, que nous avons achetés ensemble incognito chez Wedgwood, et dont il voulait refuser le prix quand il a su que vous étiez l'auteur d'Atala; les batteries de cuisine, d'office, lustres, candélabres, pendules, etc., restés ici après le départ des vingt caisses d'argenterie, linge, cristal et porcelaine, que je vous ai réexpédiées à Paris le 17 janvier.
Vous avez donc, en ce moment, chez notre banquier de Londres, à votre disposition, une somme de cinquante-quatre mille francs environ, ainsi que vous le verrez bien exactement dans l'état de chiffres ci-annexé.
Je compte retirer encore cinq ou six mille francs de ce qui reste à vendre, et dont nous parlerons plus tard. Basez donc sur une somme totale de soixante mille francs.
Votre successeur devra s'arranger du meuble des salons, puisqu'il gardera l'hôtel aux termes du bail de location que j'ai consenti pour sept ans, avec l'autorisation du ministère des affaires étrangères, le 11 mars 1822.
Vous avez encore ici la voiture de gala que Bushnell, forgeron, orfévre, peintre, artiste universel, a confectionnée toul entière en treize jours pour votre audience solennelle; c'est un modèle d'élégance et de rapidité d'exécution, que les forges antiques de Lemnos eussent envié à ce Vulcain moderne.
Voilà ce que j'entends par ces affaires particulières pour lesquelles je sollicite vainement votre réponse. M.