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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques LXXIX. Chateaubriand → M. de Marcellus, 21 avril 1823, Paris

Correspondance

LXXIX. Chateaubriand → M. de Marcellus, 21 avril 1823, Paris

Souvenirs diplomatiques · 3 min de lecture · p. 206–208 · chapitre 88 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Paris, 21 avril 1823.

Enfin, me voilà vengé même en Angleterre. Cette abominable querelle de Brougham et de Canning perdra peut-être ce dernier, ou du moins lui apprendra combien il a eu tort de quitter ses anciens amis et ses anciens principes pour se jeter dans les bras et dans les doctrines des jacobins. -- Je comprends que, sous le feu de la tribune, rencontrant ensuite aaas les salons les auteurs de toutes des injures, et gêné ainsi dans lous vos rapports de politique et de société, vous ayez fini par beaucoup souffrir. Je suis bien plus à mon aise à Paris, et c'est tout simple. Aussi, que m'importe une nouvelle soène à la chambre des lords? On ne peut produire aucun document écrit par moi qui ne porte le cachet de la modération et de la loyauté : c'est la l'essentiel. - Vous demander des directions dans vos dépêches; mais il n'y en a point à vous donner : vous allez très-bien. Vous avez fait merveilleusement de ne pas retirer la note des armements en course; et si M. Canning ne répond pas, comme vous lui en avez annoncé une seconde dans le même sens, dites que vous avez, pour cela, des ordres précis de votre cour; et ces ordres, m présente lettre vous les donne officiellement. - Tout ce que vous voyez autour de vous n'est que de la rage impuissante. Si le gouvernement anglais finît par se dégrader tout à fait dans le jugement de l'Europe; il devra ce malheur à l'impétuosité de M. Canning. La France est grave, patiente, réservée : elle poursuit la guerre avec autant de force que de sagesse; elle vient de resserrer ses liens avec l'Enrope, et désormais elle est à l'abri même d'un revers.

Hier, si je m'étais trouvé à la chambre des députés lorsque M. de Hyde de Neuville a parlé, j'aurais répondu : j'aurais blâmé son attaque contre l'Angleterre, et j'aurais dit des choses polies, même à M. Brougham ; mais cela se retrouvera.

Si on vous parlait d'une proclamation de la Junte, dites que nous ne reconnaissons que nos propres paroles, et que toute notre politique est dans la proclamation du généralissime; qu'au reste, cette proclamation de la Junte a été donnée de toutes les façons, et que nous ignorons laquelle est l'originale; qu'après tout, ce ne sera pas la Junte, mais nous-mêmes qui ferons la guerre ou la paix.

Je vous recommande une chose fortement : n'allez chez M. Canning que pour des visites courtes et froides, et ne lui parlez plus de l'Espagne sans y être provoqué. Un homme qui a fait des Voeux publics contre la France, doit n'avoir plus que lès rapports les plus indispensables avec le représentant de la France. Nous sommes assez forts pour qu'il n'y ait aucun danger à ce qu'on remarque votre réserve. Bien entendu que tout cela doit « tre fait sans affectation, et dans la mesure qu'il faut mettre à tout. Sir Ch, Stuart est devenu ici très-caressant. On dirait qu'il a eu ordre de se rapprocher de moi, et de me faire des espèces d'excuses. Je n'ai pas fait entendre une plainte. Je sais qu'il fait de grands éloges de ma modération et de mon temper.

Vous vouliez des directions : il me semble qu'en voilà. J'ai passé une partie de ma nuit à écrire pour le Monteur et pour vous.

P. S. Quelle scène que ce duel d'injures, dans la chambre des Communes, entre M. Canning et M. Brougham! Le roi m'a demandé si ce M. Banks, qui y joue un petit rôle tout malicieux, est le fils de sir Joseph Banks, le grand navigateur, qu'il a connu à Londres. C.