Correspondance
C. Chateaubriand → M. de Marcellus, 17 mai 1823, Paris
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Paris, 17 mai 1823.
Votre lettre à la Société littéraire est très-bien. Sans doute, en d'autres temps, j'aurais aimé à y dire quelque chose de ce chétif littérateur en herbe, mourant de faim en 93, dans ces mêmes rues de Londres qu'il devait traverser, pompeux ambassadeur, en 1822; c'est une pensée, vous le savez, qui ne m'a jamais quitté pendant mon dernier séjour en Angleterre. Mais le chant qui doit rester dans la mémoire de tous ne s'improvise pas comme un son balbutié à l'oreille d'un diplomate : depuis que je broche des dépêches, et que je me suis lancé dans les orages de la politique, je ne fais plus rien.
Musse secessum scribentis et otia quærunt;
Me mare, me venti, me fera jactat hiems1.
(1) Ovide a dit : Carmina (Tristes, liv. I, ép. 1, v. 41); M. de Chateaubriand a dit : Musae. Les muses n'ont-elles pas, en effet, présidé à la prose de l'écrivain français, presque toujours en disgrâce; aussi bien qu'aux vers du poëte latin, mort en exil ? ↩
C.