Correspondance
LXXII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 8 avril 1823, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Autre détail, et trait d'agiotage. Vous n'avez pas oublié cette prétendue et fausse copie du discours d'ouverture de la session anglaise, qui vous fut présentée à Paris douze heures avant ma dépêche télégraphique. Des gazettes allemandes, répétées par les journaux de Londres, m'ont fait honneur de cette supercherie. M. Rothschild, dont le nom a passé des coulisses de la bourse dans les plus secrètes transactions de la diplomatie, désavoua hautement ce jeu criminel, dont la rumeur publique l'accusait aussi; mais ce même Rothschild, ou un de ses frères, ou bien quelqu'un des siens, renouvela à Vienne la scène de Paris, et reçut, à cette occasion, de M. de Metternich une verte réprimande. En outre, pendant qu'un banquier annonçait mal à propos, à Vienne, la neutralité de l'Angleterre, un journal au-nonçait, tout aussi de travers, à Londres, la neutralité de l'Autriche; et un article de l'Observateur autrichien fit croire ici qu'on pourrait détacher l'Autriche de l'alliance continentale. Aussitôt M. Canning fit partir en hâte un courrier pour Vienne ; et, comme les représentants à Londres des quatre puissances s'étaient constamment montrés unis, et de front sur la même ligne, il ne leur donna une connaissance vague de cette démarche que deux jours après l'expédition du courrier.
Dans ses dépêches, le ministre britannique demandait quelques lumières sur la neutralité proclamée par l'Autriche, et faisait remarquer minutieusement les nuances des motifs assignés, à diverses époques, par le cabinet des Tuileries à son intervention armée dans les affaires de l'Espagne.
J'ai lu la réponse de la cour de Vienne : elle est calme, raisonnée, et elle exprime une adhésion invariable à l'alliance continentale. Elle rejette les bruits de la prétendue neutralité de l'Autriche sur des articles de journaux, nés de divers embarras financiers. Elle déclare que, depuis trente ans, l'Autriche a toujours combattu les révolutions; que, •contrainte par des circonstances plus fortes que sa volonté d'interrompre ce système, elle l'avait constamment repris dès qu'elle l'avait pu ; qu'aujourd'hui son appui moral et matériel est voué à la france, qui agit pour tous, et que le cabinet de Vienne ne s'arrêtait point à des nuances d'expression ou à des définitions de paroles, lorsque le sens était clair et précis.
Voilà tout ce qu'a produit cette échauffourée de bourse. L'aristocratie de la banque feint de redouter la guerre pour ses intérêts financiers à Paris comme à Londres, pendant que, sous ce prétexte, elle agite à son profit le crédit public. - Les banquiers, s'ils sont libéraux dans les chambres, sont toujours royalistes à leur comptoir.