Correspondance
CXXXIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 2 juillet 1823, Londres
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Rien de nouveau d'Espagne, ou pour mieux dire de Cadix. Mais si, d'un côté, Georges IV veut que rien n'entrave notre action, de l'autre, M. Canning a besoin de jouer un rôle quelque part pour couvrir sa conduite passée et ses imprudents aveux. Si la scène de l'Espagne manque sous ses pieds, il se construira un théâtre dans les colonies espagnoles. Il a vivement regretté que, malgré tout, sir W. A'Court n'ait pas suivi le roi à Cadix, puisqu'il se trouve ainsi privé de toute nouvelle directe et de toute interférence dans les négociations ou dans les capitulations à venir. Il souhaite personnellement que les Cortès amènent Ferdinand à Gibraltar. Dès lors, le roi sera libre; mais l'Angleterre, tout naturellement et sans avoir l'air de faire des avances aux alliés, pourra traiter des institutions futures de la Péninsule. Notre détermination, de ne point inaugurer de forme de gouvernement jusqu'à la délivrance du roi, l'impatiente; enfin l'intention manifestée par nous, de laisser agir en ceci les volontés du maître et des sujets, excite sa jalousie et un dépit bien marqué contre une modération si conciliante.
Vous avez déjà compris que je parle de M. Canning, et non de ses collègues. Les menaces de sir Ch. Stuart ne reposent sur aucun fait, pas même sur une espérance, el ne sont dictées que par l'humeur excessive du ministre des affaires étrangères de la Grande-Bretagne. L'ambassadeur à Paris met autant de zèle à refléter son chef direct que j'en mets à L.Londres à vous reproduire. Ne craignez rien de ccs bouderies : nous avons pour nous le roi et l'immense majorité du ministère. Ceux-ci nous approuvent, nous louent, et souhaitent nos succès en raison de leur désir sincère du repos de l'Europe, el par haine des révolutions. - « N'écoutez pas nos cris et notre humeur, » me disait lord Westmoreland, vieux Breton de formes et de langage, « allez. votre train : laissez les Espagnols se choisir leurs institutions. Retirez-vous sur l'Ebre quand le roi sera libre; et votre entreprise sera l'une des plus belles pages de l'histoire de notre siècle. Ceci m'a été répété, presque dans les mêmes termes, par lord Harrowby, par le duc de Wellington, et par M. Peel, l'ami constant de la politique positive.
On m'assourdissait, il y a un mois, des bruits d'une division dans le ministère français ; tout retentit aujourd'hui de la nouvelle de son union rétablie. Votre prétendue réconciliation avec M. de Villèle consolide tout. Ces deux influences prépondérantes dans le conseil vont, par leur fusion, affermir à jamais le ministère royaliste ; et leurs succès communs en Espagne leur garantissent une longue jouissance du pouvoir.-Comme j'ai nié la guerre, je nie la paix.
Pour fortifier cette majorité du ministère anglais qui nous est favorable, ne penserez-vous pas, comme déjà je vous l'expliquais dans ma dépêche du 22 avril, qu'il faut se hâter d'envoyer un ambassadeur à Londres? Ce représentant direct de la royauté raffermira le système de neutralité invariablement résolu, et pratiqué déjà tant bien que mal; il trouvera l'oreille du roi ouverte, les tribunes fermées, et vous dispensera de rapports trop suivis avec le menaçant sir Ch. Stuart. Ces considérations sont de quelque poids.
Peut-être trouverez-vous que l'une de mes dépêches de ce jour, intitulée Cabinet, mérite aussi quelque attention. M.