Correspondance
IV. M. de Marcellus → Chateaubriand, 24 septembre 1822, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Vous avez su que, dans un conseil privé tenu le 16, le roi a remis aux mains de M. Canning le portefeuille des affaires étrangères. A cette nomination, les journaux de l'Opposition ont manifesté contre M. Canning une maladroite violence. Le Times lui-même s'est abandonné à ses anciennes jalousies d'écrivain, en traitant le ministre comme s'il était encore un rédacteur rival.
J'ai quelques raisons de croire que le plénipotentiaire anglais remettra sur le tapis, à Vérone, la question de la traite des Noirs, et que dans son exposé il ne nous sera pas favorable. Il dira que nous avons sans doute promulgué des lois et mis en mer des bâtiments de guerre pour réprimer ce commerce odieux; mais il se plaindra de ce que les ordres donnés aux commandants de ces bâtiments n'ont été ni assez précis ni assez sévères. Enfin, il demandera que, par une décision des puissances réunies, la traite des Noirs soit considérée comme piraterie. Je soupçonne que ce point ne se trouvait pas traité dans les instructions primitives préparées pour le marquis de Londonderry, ni même dans celles du duc de Wellington; mais je puis conjecturer, à la suite des fréquentes conférences de M. Canning avec les antagonistes de la traite, qu'il en a fait l'objet d'instructions supplémentaires. Peut-être même, en prêtant à cette-question tout l'appui que lui refusait l'insouciance de son prédécesseur, M. Canning espère-t-il gagner dans le parlement les plus zélés protecteurs des Noirs.
J'ai cru important de vous faire passer cet avis avant même votre départ pour Vérone, afin que, prévenu du trait, vous puissiez y opposer votre bouclier. M.
P. S. J'ai expédié successivement à Paris M. De-Jalot et M. le comte O. de Boissy, attachés à l'ambassade.