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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXLVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 18 juillet 1823, Londres

Correspondance

CXLVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 18 juillet 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 2 min de lecture · p. 356–357 · chapitre 157 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 18 juillet 1823.

Un courrier, parti de Vienne le 8 de ce mois, a porté au prince Esterhazy un grand nombre de dépêches officielles ou réservées, Celles qui nous concernent, ainsi que l'Espagne, présentent partout une union intime de vues et de sentiments avec la cour de France. Au désir manifesté par l'Angleterre, dans une certaine circonstance, de régler les institutions futures de la Péninsule, M. de Metternich répond que ce soin ne regarde pas plus l'Angleterre que l'Autriche; que même la France, en déclarant sagement qu'elle ne se mêlerait pas de ces institutions, échappait à toute responsabilité. Il ajoute que l'on doit s'attendre à voir quelque partie de l'armée française ou même l'armée entière rester en Espagne pour assister à la résurrection de la royauté; mais que cette occupation ne pouvait ni ne devait étonner le cabinet britannique, parce que c'était sans doute en connaissance de cause, et certes bien volontairement, qu'il s'était mis en dehors de tout.

M. de Metternich rend compte ailleurs de ses premières entrevues avec sir H. Wellesley. Il a déclaré franchement à cet ambassadeur que la conduite de M. Canning avait blessé l'Europe entière. Sir H. Wellesley me parait avoir dépassé ses instructions, en avançant alors que M. Canning voudrait rétracter aujourd'hui quelques-unes de ses paroles. M. de Metternich a répliqué que ce n'était point de quelques paroles seulement que résultait le ressentiment de l'Europe, mais de l'ensemble d'une conduite impardonnable chez un ministre, et injustifiable chez un homme d'État.

Ne croyez à aucune intelligence secrète entre les cours de Vienne et de Londres. Il n'y aura point de négociation ouverte ici, officielle ou confidentielle, pour rattacher l'Angleterre à la Sainte-Alliance. Ma dépêche n° 113 vous dit tout cet égard, et le prince Esterhazy, qui traverse Paris pour aller en Allemagne, ne laissera dans votre esprit aucun doute sur ce point. Il se propose, en prenant congé de Georges IV, de lui demander ouvertement, de la part de l'empereur, si, dans les grandes questions qui vont s'agiter, le gouvernement britannique compte se prononcer pour la souveraineté des peuples, ou pour la cause des rois légitimes.

M. de Metternich est blessé; il regrette le marquis de Londonderry et ses longues relations d'intimité. De son côté, M. Canning ne peut oublier les lamentations dont le cabinet autrichien a salué la mémoire de son prédécesseur. Ces mots de perte irréparable, consignés dans les dépêches qu'on avait ordre de lui lire, il y a six mois, tintent encore à ses oreilles. Je ne puis trop vous répéter que nous n'avons jamais laissé percer ici, le prince Esterhazy et moi, la moindre apparence de dissentiment. Nous nous étions promis de garder pour nous seuls les différences de vues que pouvaient exprimer nos deux cours sur la question d'Espagne, et de n'en parler qu'ensemble. Cette marche était aussi prudente qu'elle a été fidèlement maintenue des deux parts.