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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXXV. M. de Marcellus → Chateaubriand, 24 juin 1823, Londres

Correspondance

CXXV. M. de Marcellus → Chateaubriand, 24 juin 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 5 min de lecture · p. 307–311 · chapitre 134 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 24 juin 1823.

Depuis dix mois je vois régulièrement M.. Canning, et je n'ai jamais observé en lui, mieux qu'à la nouvelle du départ du roi Ferdinand pour Cadix, cette maligne joie qui s'élève souvent en son cœur, et dont sa gloire indignée ne le sauve pas du tout, si inférieur en cela au César de Corneille. J'étais dimanche dernier à Glocester-Lodge, où il m'avait prié de venir, et il avait grand'peine à cacher sa satisfaction. « Rien ne finit en Espagne, v me disait-il presque gaiement; « combien de troupes y avez-vous en ce moment? Quels renforts vous demande le maréchal Moncey? » - J'ai répondu à ces questions désobligeantes avec calme et fermeté. J'avais reçu une lettre du quartier général de monsieur le duc d'Angoulême, en date du 14, annonçant nos succès et nos espérances, et je l'ai citée. « Oui, sans doute, eux là-bas et vous ici, vous croyez que l'affaire tire à sa tin. Beaucoup de sages et de hauts personnages, o a-t-il ajouté en ricanant, • Ic pensent ici comme vous; mais ils ne considèrent pas les choses sous leur vrai point de vue. • En effet, observez bien. La tranquilité règne où vous êtes; mais, dès que vous disparaissez, le trouble renaît. Le roi vous échappe. Ce sont vos manœuvres qui le mettent presque en danger. • Mais heureusement notre ministre est là pour garantir sa sûreté. Sans doute sir W. A'Court répugnera à aller se renfermer à Cadix; mais c'est le plus éminent service qu'il puisse rendre à la royauté. II suivra Ferdinand, et il se collera constamment à la personne du roi (he will stick cona stantly to the very person of the king). » - Qu'il fasse mieux, ai-je interrompu, et que, s'attachant au roi comme rous le dites, il s'échappe avec lui de cette nouvelle prison. L'Angleterre aura rendu un service signalé l'Europe; et vous le voyez bien vous-même, il ne reste plus au ministère britannique d'autre voie de jouer un beau rôle dans les affaires d'Espagne. - « Mon Dieu. » a répliqué:M. Canning, comme gêné et piqué à la fois « pourquoi nous presser de questions? Nous ne parlons pas, mais nous agissons peut-être. Tenez, je suis personnellement dans la position la plus embarrassée; et, dans nos confidences, je ne puis, même à vous, rien dire de précis, puisque ces malheureux courriers n'arrivent pas, et que je n'ai point de nouvelles directes de Séville depuis le 17 mai. v

Je sais que M. Canning fait partir aujourd'hui même pour Cadix un second vaisseau de ligne, dont il ne m'a dit mot, pour porter à sir W. A'Court de nouvelles instructions..

N'oublions pas que; dans l'insurrection de Naples, en 1820, le gouvernement britannique avait donné l'ordre à sir Graham. Moore de bombarder à l'instant la ville de Naples et. le port, si la personne du roi se trouvait en danger. Ce devait être un bombardement pacifique et presque amical, toujours sans se départir de la neutralité hautement professée. Vous vous souvenez aussi que c'est la main des officiers anglais, toujours neutres, qui guida la fuite de Sa Majesté Sicilienne dans les souterrains de son palais... C'est bien encore un roi Ferdinand qui figure au centre de la révolution; mais il n'y a plus à Londres le même ministre !!

Il me faut achever de vous raconter le petit épisode du courrier de la régence, Albanez. A peine, vendredi dernier, m'avait-il quitté, que M. Canning le fit appeler et le retint à Londres. Il l'a fait accompagner, à son retour, par un de ses propres courriers; et ces deux individus sont partis samedi, 81, avec une lettre du gouvernement anglais pour la régence. Voici l'explication du fait.

Albanez était porteur d'une dépêche de M. Damian Saez., adressée à M. Canning, dans laquelle, après quelques compliments, il priait simplement le ministre de remettre au roi d'Angleterre une lettre incluse. Le premier mouvement de M. Canning a été de faire délivrer un reçu de la totalité par un de ses commis, et de ne point donner d'autre réponse. Mais Georges IV en a jugé autrement; et, tout en admettant qu'on ne pouvait reconnaître une régence tant que sir W. A'Court résidait auprès du roi, il a désiré que son gouvernement établit une différence entre cette régence organisée par monsei - gneur le duc d'Angoulême et les régences précédentes, dont les manifestes étaient arrivés par la poste, et comme des écrits anonymes. Cet avis du roi, dont le duc de Wellington a été le porteur et l'avocat, a prévalu, et on a pris un terme moyen en dépit de M. Canning : c'est de ne point reconnaître la régence, mais de lui répondre, et de baser uniquement le refus de la reconnaître sur la présence d'un ministre britannique auprès de la personne du roi d'Espagne. Tels sont les termes de la réponse.

Comme vous le pensez bien, M. Canning ne m'a point parlé de tout ceci. « On m'assure, » m'a-t-il dit seulement, « que la régence vent nous envoyer un « agent. Ce serait inutile, ridicule; sans doute elle attendra, pour cette seconde démarche, l'effet de la première et le retour de son courrier. »

Le maréchal de Béresford, dont aucun pronostic sur la guerre d'Espagne n'a été démenti par l'événement, m'a déclaré qu'il fallait trente mille hommes aux constitutionnels pour défendre Cdix ; et que, dans ce cas, cette ville, bloquée par mer, manquerait bientôt d'approvisionnements; que, d'un autre côté, si les troupes constitutionnelles ne s'élevaient qu'à sept ou huit mille hommes, Cadix, défendue ainsi, n'était nullement à l'abri d'un coup de main.

Mes dépêches traitent du Portugal et de la révo-Intion de Lisbonne. Je continue à y placer aussi exactement un résumé de la question espagnole, les affaires générales, le courant de la diplomatie, un journal quotidien des transactions du parlement, et tout ce qui concerne les trois royaumes et les Indes, comme vous l'avez désiré.

M. Canning m'a demandé, pour le cadeau d'usage qui termine les ambassades, ce que vous aimiez le mieux, la botte avec le portrait du roi, ou mille livres sterling. M.