Correspondance
CXI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 30 mai 1823, Londres
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Il me paraît que le 27 de ce mois, date de votre dernière lettre, vous ignoriez à Paris les changements survenus dans les affaires d'Espagne. C'est de Séville que nous sont arrivées les lettres de Montijo et d'Abisbal. Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que les conditions proposées par ce dernier sont telles qué nous eussions pu les dicter nous-mêmes dans un conseil tenu aux Tuileries. Je dois croire que ma lettre du 27, que je vous ai expédiée avec toute la promptitude possible, vous a annoncé, la première, ces grandes nouvelles, et la forte impression qu'elles ont produite ici. Je vous répète que les Cortès sont désunies, qu'elles n'ont pas un denier; que la division est dans Séville et dans les provinces avoisinantes; qu'on attend chaque jour l'évasion ou l'enlèvement du roi; qu'on ne pense point à aller aux Canaries; et pourtant je ne sais quoi me dit que nous ne sommes pas encore au bout. - Ici néanmoins, depuis trois jours, même langage, même confiance en nos succès. Les mêmes parieurs qui gageaient pour nos revers, gagent pour nos rapides triomphes. On regarde la guerre comme terminée; et tous les esprits se tendent, comme les regards, vers les négociations constitutives. « Tout va au mieux, » me disait hier M. Peel; vous avez bien mérité de l'Europe, et même de l'Angleterre. » - « Achevez votre ouvrage, » ajoutait lord Westmoreland : « chassez tous ces conspirateurs réfugiés; et pendez sir Robert Wilson. » J'ai répondu, à ces ministres, qu'après comme avant, nous n'avions qu'un langage et qu'une pensée ; que le roi, d'accord avec ses sujets, devait choisir ou régler leurs institutions, et que nous nous bornerions aux conseils.
Si, comme je le pense, nos vœux sont pour un gouvernement monarchique et représentatif, l'Angleterre nous prêtera son appui, et c'est alors qu'un rapprochement réel peut s'opérer entre les deux cabinets. Le bruit court que le général Pozzo part pour Madrid. Voulez-vous m'en croire? demandez la délivrance de Ferdinand à l'Angleterre, en lui disant que vous souhaitez une monarchie représentative, et que M. le duc d'Angoulême attend le duc de Wellington pour en causer à Madrid avec lui d'abord, puis avec les autres plénipotentiaires du continent, et ses anciens amis de la Péninsule. Ici, vous plairez à tout le monde, et vous aurez ce que vous voudrez.
Un mot sur l'esprit des gazettes de Londres en ce moment. Le Courier, presque hostile depuis un mois, et jouant à la baisse, déclare cependant le premier que la guerre d'Espagne touche à sa fin. Le Star, devenu l'interprète irrégulier et indirect de M. Canning, annonce le prompt retour de la paix. Le Morning-Chronicle n'ose plus en douter; mais il blasphème contre pacificateurs et pacifiés. Le Times avoue comme malgré lui que les circonstances sont favorables au ministère français; et le New-Times, en provoquant la coopération de l'Angleterre, proclame d'avance notre modération et notre générosité.
M. Bresson, qui revient des États-Unis, m'a donné, sur la situation de l'Amérique, les informations qu'il vous porte, et qui vous paraîtront précieuses sans doute. Je le recommande vivement à toutes vos bontés. M.