Correspondance
CXXXIX. M. de Marcellus → Chateaubriand, 5 juillet 1823, Londres
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De grâce, jetez encore un regard vers cette fle de Chypre dont vous avez vu de loin les côtes sablonneuses, basses et en apparence arides, el qui a inspiré au chantre des Martyrs de si admirables descriptions.
De cette ile, deux pauvres Grecs se sont récemment échappés à grand'peine, et sont venus frapper à ma porte ici.
Le premier, Hadgi-Pétraki, Pierre le Pèlerin, que j'ai connu opulent et heureux dans la vallée de Cythère, a perdu sa famille, ses richesses, et n'a gardé que sa tête; encore ne l'a-t-il sauvée qu'à moitié. Une si complète ruine a égaré sa raison à demi. Il pleure sans cesse, et n'interrompt ses larmes que pour exhaler son infortune en vers grecs, qui ne valent pas les vers d'un autre insensé, le • Tasso.
Ne già cose scrivea degne di riso, Se ben cose facea degne di riso.
Il est confié aux soins de l'archimandrite Thésée, homme d'esprit, que j'ai trouvé, il y a trois ans, auprès de son oncle, l'archevêque de Chypre, Cyprianos, égorgé depuis peu. Il me fit visiter les églises des Insignan, dans Nicosie, maintenant ensanglantée. Il connaît bien son pays, sa nation; et en secourant sa misère, on pourrait mettre è profit son intelligence.
« Tout homme qui est éloigné de son pays, a dit le mendiant immortel, « est digne de respect, même « aux regards des dieux. M.