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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques XXXVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 10 février 1823, Londres

Correspondance

XXXVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 10 février 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 1 min de lecture · p. 139–140 · chapitre 47 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 10 février 1823.

M. Canning s'est excusé de ce que le mot neutra-' lité ne se trouve pas dans le discours de S. M. Britannique, qui va être prononcé dans quelques heures au parlement, « Dans l'agitation où sont les esprits, » m'a-t-il dit, « l'annonce d'un système de politique arrêté eût été le signal d'une violente attaque de a part de l'Opposition, et eût produit peut-être une majorité contre nous. (En effet, lord Lansdowne dans la première chambre, et M. Brougham dans la seconde, avaient préparé des amendements à l'adresse dans le cas où la neutralité eût été positive: ment annoncée.) « En laissant la question de la guerre incertaine, nous évitons tout danger; et l'Opposition est bien affaiblie, puisqu'elle ne peut raisonner que sur des suppositions. D'ailleurs le ministère français garde encore quelque espoir de paix : M. de Chateaubriand me le dit; vous me l'expliquez aussi : en voilà assez pour justifier nos espérances, au moins aux yeux du public, auquel je ne suis pas obligé de dire que dans ma convica tion personnelle je désespère.

Je ne puis en cette occasion mettre aucunement en doute la sincérité de M. Canning. Il est très-vrai que, disciplinée dans sa lutte, réservée dans sa marche, l'Opposition, en Angleterre, obéit à des intérêts fixes et non à des impulsions du moment; et, comme elle aspire sans cesse au pouvoir, elle évite soigneusement d'établir, avant d'y arriver, des principes qui, à son avénement, enchaîneraient sa conduite future. Aujourd'hui, en effet, ne pouvant raisonner que sur l'incertain, affaiblie par l'absence de plusieurs de ses chefs, elle ne s'élèvera point avec violence contre la politique ministérielle, qu'elle peut seulement entrevoir. Mais, jalouse de suivre, ou même de devancer l'opinion publique, elle préparera ses arguments presque en silence, et ces arguments seront d'autant plus forts qu'ils n'auront pas été énervés prématurément par une attaque passionnée et intempestive.