Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 3 juin 1823, Londres

Correspondance

CXIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 3 juin 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 3 min de lecture · p. 282–285 · chapitre 122 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 3 juin 1823.

Voici ce que je connais des dispositions actuelles de M. Canning. J'en juge de loin, car n'ayant rien de nouveau ou rien de précis à lui dire, je n'ai point cherché à le voir. On n'a pas de Séville des nouvelles plus récentes que celles du 17 mai, dont je vous ai rendu compte dans ma dépêche officielle. Le porteur en était M. Ogorman, secrétaire-interprète de la légation anglaise en Espagne, lequel apportait aussi la ratification définitive de l'arrangement conclu pour les réclamations du commerce britannique; car, tout en brouillant les affaires des autres, M. Canning n'a pas négligé de faire, ou du moins de régler les siennes. Ces nouvelles du 17 présentaient, comme les précédentes, un caractère tellement favorable à notre cause et à une fin de crise, qu'elles ne purent rester cachées; mais bientôt le ministre, revenant sur l'effet qu'elles avaient dû produire, affecta de soutenir que rien n'était changé dans la position des choses, que de Séville étaient parvenus peu de détails fixes ou importants, que l'entrée à Madrid, depuis longtemps prédite, ne pouvait surprendre personne, ni donner lieu à de nouvelles combinaisons. Tel était son langage public; car il est trompé dans ses vœux, dans ses prophéties : nos succès le blessent et font ressortir davantage l'inconvenance de ses discours parlementaires et de sa partialité. Dans le secret de son cabinet, il convient cependant que nous approchons de la fin; il souhaite même agir pour la hâter : mais il a un prétexte pour l'inaction, dans l'ignorance profonde où on le laisse, dit-il, sur les projets des puissances continentales à Madrid. Il répète à ce sujet que les deux chefs du ministère français ne s'entendent pas, et que la divergence d'opinion, si frappante depuis le début des affaires d'Espagne, entre MM. de Chateaubriand et de Villèle, n'a jamais été plus signalée qu'aujourd'hui. Il ne serait pas éloigné même de désigner une ville d'Espagne, Cordoue par exemple, pour y traiter des grands intérêts de la Péninsule; mais il conclut en disant que les Cortès, d'un côté, n'indiquant point les termes de leur capitulation, la France, de l'autre, n'expliquant ni ses projets ni ses vœux pour les institutions futures de l'Espagne, l'Angleterre ne peut rien tenter, ni même rien promettre pour la délivrance de Ferdinand.

Ceci m'était répété hier, mais en termes moins précis et moins hostiles par lord Liverpool. Ce premier ministre a ajouté que si la faible division existant dans le conseil britannique, et qu'il était inutile de me dissimuler, est préjudiciable aux intérêts d'une puissance neutre, la division évidente du ministère français est bien plus pernicieuse encore, puisque la France est belligérante et active.

J'ai tout nié; mais je ne puis me flatter de vaincre à moi seul les salons de Paris et les lambeaux de nouvelles de sir Ch. Stuart, dont vous avez reconnu la l'influence.

« Voilà la fin des affaires d'Espagne, » me disait récemment le duc de Wellington, « je l'avais prévu, . et j'avais souhaité vos succès, tout en blâmant votre intervention; mais j'ai blâmé plus encore nos emportements parlementaires, notre humeur « et notre partialité politiques. Ils ont placé l'Angleterre dans la position la plus fausse; ma conscience est tranquille du moins, et, quant à moi, je n'ai rien à me reprocher. » M.

OiL: