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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques XLVI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 28 février 1823, Londres

Correspondance

XLVI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 28 février 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 2 min de lecture · p. 151–152 · chapitre 55 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 28 février 1823.

Hier, jo me suis plaint, et très-vivement, de la permission d'exporter en Espagne toutes armes et munitions de guerre; permission que le ministère vient de donner de son propre mouvement en révoquant l'arrêt qui s'y oppose. Ceci ne peut se considérer comme un acte d'honnête neutralité. Der marchés importants d'armes et de munitions se traitent; des: banquiers, membres influents de la chambre des communes, sont entrés dans ces spéculations que le gouvernement encourage de la manière la plus manifeste; comme s'il ne lui suffisait pas d'avoir permis cette exportation, prohibée pour l'Espagne jusqu'à présent.

Divers négociants sont aussi venus me proposer de grands achats de munitions de guerre. D'autres ont adressé leurs offres directement à Paris, à m. le duc de Bellune. Je n'ai donné, quant à moi, aucune réponse, espérant par mon silence empêcher ces négociants de porter au gouvernement espagnol leurs propositions et leurs marchés.

il n'y a point encore de préparatifs d'armements en course dans les ports anglais. M. Canning me disait à ce sujet qu'aucune flotte royale n'était encore sertie des ports, mais que six jours suffisaient pour son équipement; qu'au reste, des que des vaisseaux de guerre européens appareillaient, l'amirauté avait pour habitude de mettre en mer de son côté, plutôt par émulation et par délicatesse nationale que dans un but hostile.

J'apprends à l'instant et de très-bonne source que; avant-hier, dans un conseil secret des ministres, M. Canning a prétendu qu'on ne pouvait lutter contre l'opinion générale, et que cette opinion demandait impérieusement de secourir l'Espagne. M. Peal a déclaré alors que l'honneur de l'Angleterre, l'intérêt de ses institutions et de son commerce, étaient de maintenir une stricte neutralité; et il a terminé en disant que, si une conduite opposée • celle que l'Angleterre avait toujours suivie envers les révolutions venait à être adoptée, il devait à sa conscience de se retirer du ministère aussitôt. Ce jeune ministre l'a emporté. La grande majorité du conseil s'est réunie à lui, et M. Canning a dû céder au nombre.