Correspondance
II. M. de Marcellus → Chateaubriand, 15 septembre 1822, Londres
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Voici où en est la nomination de M. Canning. Vous avez remarqué sa conduite singulièrement adroite : sos adieux à ses mandataires de Liverpool, comme s'il allait partir pour les Grandes-Indes; son apparente sincérité, quand il déclare qu'il ne sait rien des projets du ministère; l'aveu naïf de la disposition où il est de tout accepter dans l'intérêt du pays; enfin, son absence de Londres prolongée.
On lui a proposé le titre de premier lord de l'amirauté, à quoi il a répondu que ces fonctions ne s'accordaient pas avec celles de chef (leader) de la chambre des communes; que, absorbé par les de tails de l'administration maritime, il manquerait de notions pour répondre aux attaques dirigées contre les autres branches du gouvernement; que ces notions, au contraire, lui étaient toutes données par le portefeuille des affaires étrangères, et que, si on espérait quelque chose de son influence, il fallait, au lieu de la paralyser, chercher à l'étendre.
M. Canning veut amener avec lui les hommes dont le crédit sur le public corrobore le sien. D'un autre côté, le chancelier, lord Eldon, en sacrifiant son opposition directe et constante à l'entrée de M. Çanning dans le cabinet, demande en retour à celui-ci le sacrifice de son opinion sur la question des pairs catholiques. On discute, on transige sur les personnes, sur les principes; et publicité de la nomination ne tient plus qu'à ces dernières clauses.
Dans le chaos de ces négociations compliquées entre les ministres actuels et le ministre futur, le roi disparaît. On ne tient plus aucun compte de ses répugnances; retiré dans le fond de, son palais, il attend patiemment qu'on lui révèle les articles secrets du traité, et qu'on lui nomme enfin son ministre. MARCELLUS.