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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques XCI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 9 mai 1823, Londres

Correspondance

XCI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 9 mai 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 4 min de lecture · p. 234–238 · chapitre 100 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 9 mai 1823.

Après m'être bien pénétré de la commission délicate que vous m'avez confiée dans votre lettre du 5, je me suis rendu chez M. Canning, qui me reçoit à toute heure et en dehors des formes cérémonieuses auxquelles le corps diplomatique est astreint.

J'ai traité d'abord, dans notre conversation, le gros des affaires dont vous rend compte ma dépêche n° 92; puis j'ai donné au ministre, qui m'en demandait, des nouvelles de notre armée. J'ai annoncé que Valladolid était pour nous, que M. le duc d'Angoulême serait bientôt à Madrid; j'ai parlé du départ du prince de Carignan pour l'Espagne, accompagné du chargé d'affaires sarde près de Sa Majesté Catholique, comme si la cour de Turin était pressée de rétablir des relations régulières avec la nation espagnole. - « Ne pense-t-on pas aussi, à Paris, à créer une nouvelle ambassade en Espagne? » - Quelques jeunes aspirants diplomatiques, ai-je répondu, me l'écrivent comme un bruit qui court. Ce serait une mesure parfaitement naturelle. Nos résolutions vont être promptes et décisives. Sûr de la neutralité de l'Angleterre, certain des vœux de l'immense majorité du peuple espagnol, le ministère français est aujourd'hui libre et fort. Il n'y a plus maintenant qu'à diriger les partisans de la monarchie, à pacifier enfin; et des que le prince généralissime sera à Madrid, il ne sera plus qu'un puissant médiateur entre tous les partis.-« Ah! cependant, » m'a dit le ministre « l faudra agir. encore vers Séville ou Cadix, et l'intérieur de l'Espagne présentera un aspect étrange : car alors on verra à Madrid une capitale et un gouvernement sans roi, et à Séville, un roi sans gouvernement ni capitale. » - Pourquoi donc ne pas tout confondre, ai-je repris? Pourquoi ne pas faire, sous un même roi, une seule capitale et un seul gouvernement? Sir W. A' Court me semble merveilleusement placé pour opérer ce changement de scène. - « Sir W. A' Court, » a répendu M. Canning, « ne peut plus agir en conciliateur que sur des bases stables et convenues d'avance; je vais vous lire ce que j'ai écrit à sir Ch. Stuart, le 6 mai, à ce sujet. » - Vous devez avoir connaissance de cotte longue dépêche, dans laquelle M. Canning déclare que la versatilité des ministres français a fait échouer tou-les les négociations précédentes; qu'il ne parle pas ainsi pour s'en plaindre, mais pour éviter cet inconvénient à l'avenir; et que désormais, pour user de l'intervention amicale de l'Angleterre, il faudra que los intentions de la cour de France soient précises et irrévocablement fixées. - (Et c'est M. Canning qui nous reproche notre versatilité!!!

Quis tulerit Gracchos de seditione querentes. )

« Depuis cette lettre, » a continué le ministre, sur une ouverture plus explicative et plus pressante de M. de Chateaubriand, sir Ch. Stuart a pris sur lui d'écrire à sir W. A' Court tout cet entretien, et de demander en quelque sorte ses bons offices. Nous avons blâmé cette démarche; et, pour en prévenir l'effet, j'ai envoyé, par un batiment de guerre, des instructions à Séville. L'Angleterre restera spectatrice inactive jusqu'à ce que le plan du gouvernement français lui soit clairement connu. Alors nous travaillerons de noce mieux à terminer la lutte. Mais, d'avance, si vous rétablissez le despotisme, je vous prédis une prochaine et sanglante révolution. » - Le des potisme! Mais est-il en vigueur chez nous? Qui donc en veut maintenant? Ferdinand VII lui-même n'a-t-il pas dit, dans sa proclamation de 1808, répétée en 1814 : J'abhorre le despotisme? Lows XVIII lui-même a toujours pensé qu'nne monarchie, pondérée par des institutions représentatives, une fois établie à Madrid, doit affermir sa famille en France, et consolider deux trônes au lieu d'un. Je ne puis donc croire que ma cour soit favorable au despotisme; mais, si vous le craignez sérieusement, cherchez à vous en éclaircir; proposez vos idées, détaillez vos projets : ils seront combinés avec les nôtres, et de là peut naître une pacification solide. - « Soit, » a repris M. Canning; « je vais écrire à • M. de Chateaubriand dans ce sens. Mes lettres seront pour lui et pour M. de Villèle. Cette correspondance peut encore amener une intelligence prompte et un véritable succès. J'ai assuré le ministre que vous recevriez ses lettres avec plaisir, et j'ai cherché à détruire les soupçons que sir Ch. Stuart jette dans son esprit sur une certaine mésintelligence entre M. de Villèle et vous. Cet ambassadeur représente le premier ministre comme jouissant d'une autorité croissante et d'une influence exclusive. Les bruits qui en courent ici sont de nature à ne pas trouver place même dans cette lettre toute confidentielle.

Voilà ce que m'a laissé entrevoir une première conversation, dans laquelle j'ai cherché à mettre toute la réserve que vous me recommandiez. Vous pourrez, dans votre réponse à M. Canning, s'il vous écrit, poser des questions directes, si vous voulez leur donner plus de poids, ou bien me laisser faire, si vous craignez de leur en donner trop:

Malgré l'honneur que me destinait le lord-maire, d'ouvrir a Mansion-House son grand bal avec sa fille, je n'ai point paru à cette fête. Un toast en faveur des Cortés y a été porté en présence de M. Caaning, et sous la présidence du duc d'York Je l'avais prévu. Je n'irai à aucune de ces assemblées, pas même au meeting des secours aux littérateurs. J'y enverrai la lettre que vous m'annoncer avec voire offrande, et quelque chose pour moi.