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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXV. M. de Marcellus → Chateaubriand, 6 juin 1823, Londres

Correspondance

CXV. M. de Marcellus → Chateaubriand, 6 juin 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 3 min de lecture · p. 287–289 · chapitre 124 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 6 juin 1823.

Vos deux lettres du 2 juin m'ont donné avis des obstacles mis par les cours de Vienne et de Naples à nos négociations à Madrid. M. Canning mo paraît en être instruit : car il m'a demandé, avec empressement et d'un air narquois, si le chargé d'affaires d'Autriche près de la régence partait aussi avec notre ambassadeur. Le comte de Lieven, reculé et à l'abri derrière les glaces du Nord, ignore entièrement jusqu'ici cette intrigue méridionale, dont je n'ai laissé rien entrevoir à personne. Le prince Esterhazy a reçu un courrier de Vienne, et l'a réexpédié sur-le-champ. Je ne lui en demandais pas le motif; voici celui qu'il m'a donné. Les dépêches qu'il avait à communiquer ici, soit en les remettant, soit en les lisant, comme c'est l'usage de sa cour, lui ont paru trop tranchantes et trop vitupératives de la conduite de l'Angleterre. Il a pris sur lui de les supprimer entièrement et de solliciter des. documents plus conciliants et plus adoucis. « Il est essentiel, » m'a-t-il dit, « que le système si heureusement adopté à Londres entre nous, Lieven, Werther, vous et moi, si fermement défendu contre les attaques de tout venant, n'éprouve aucune atteinte, et qu'aucune des nuances d'opinion qui peuvent séparer les quatre cours sur le continent ne se reproduise dans ses quatre représentants ici.

En effet, M. Canning ayant cherché à nous diviser à Vienne, à diviser le gouvernement à Paris, cherche encore à nous diviser à Madrid, et à diviser monseigneur le duc d'Angoulême des deux chefs de notre ministère. Sa conduite nous a donc déterminés ici à nous montrer bien plus unis d'intentions et de principes que nos cours ne le sont réellement, et è lui présenter toujours un front inexpugnable.

Si les prétentions de la cour de Naples, soutenues ou suscitées par la cour de Vienne, sont un mystère impénétrable à Londres, l action du ministère anglais à Séville ne l'est pas moins. Mais les inquiétudes de M. Canning et ses impatiences me prouvent qu'il a transmis à sir W. A'Court des instructions pour agir, et pour agir dans un sens favorable. De longs entretiens ont eu lieu entre lui, lord Liverpool et le comte de Toreno. Les autres ministres n'en sont point; le secret n'a pas encore transpiré.

M. Canning m'a prié de le voir, et il n'avait rien à me dire; il voulait m'écouter, et je ne parlais pas. Enfin, Rien de nouveau, m'a-t-il dit; c'est toujours ainsi qu'il commence. Tout va bien, ai-je dit à mon tour; c'est toujours ainsi que je réponds. - « Oui, vous avez Tolède, et vous poussez une pointe vers Séville. Je ne me rends pas bien compte de ce mouvement. Sir Ch. Stuart ne m'en a parle pas. C'est peut-être un coup de partie. s - Les événements vont vite, ai-je repris, et cette affaire d'Espagne touche à sa fin. - « Nous sommes toujours ici dans la même incertitude, » a-t-il continué. « Qu'exigez-vous des Cortès? Quelles institutions donnerez-vous à l'Espagne? Quelles conditions voulez-vous imposer à la capitulation de Séville? Voilà ce qu'il uous faudrait savoir pour a coopérer à la délivrance du roi. » - Ce sont autant de questions à adresser à ma cour, ai-je répondu; mais il n'est peut-être plus temps de négocier à Paris et à Londres, quand tout se traite entre Séville et Madrid. - Lord Liverpool est entré. Nous avons suivi ensemble les mouvements de nos armées sur la carte. * Où donc est Abisbal? » m'a demandé le premier ministre; « sert-il vos projets? Sur sa lettre, nous avions cru tout terminé; mais il n'est plus ques tion de lui. s - J'ai laissé ensemble les deux ministres; et, en me reconduisant, M. Canning m'a dit : - « J'attends impatiemment un courrier de Séville; venez me voir, je vous prie, des que vous le saurez arrivé.

Le duc de Wellington ne s'écarte en rien de son système. Dans les lettres qu'il a écrites régulièrement à Alava et à șes amis, il n'a cessé, m'a-t-il dit, de leur expliquer qu'il était insensé de compter sur la défection de l'armée française, ou sur la résistance du peuple espagnol; qu'il fallait négocier et céder a la raison et à la modération, « surtout, » a-t-il ajouté en souriant, « quand elle était la plus forte. »