Correspondance
CXVII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 9 juin 1823, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Rien de nouveau de Séville; le ministère britannique est fort préoccupé de notre expédition vers cette province, et des divers actes de la régence.
Il reconnaît les difficultés de sa position, dont il accuse M. Canning. Ce ministre, de son côté, est plus inquiet encore. Il ne sait que répondre. « Ce mouvement sur Séville est inexplicable, » disait-il hier : « j'étais donc mal instruit. Quoi ! le prince généralissime a ainsi vingt mille hommes à sa disposition! Sir W. A'Court doit être dans un grand embarras. Mais que faire? Les Français seront à Séville avant le courrier que j'y enverrais. Je ne dis pas que précédemment je n'aie engagé sir W. A'Court à favoriser la délivrance conditionnelle i de Ferdinand; mais aujourd'hui, ordonner à notre ministre de se réunir au corps diplomatique en Espagne, ce serait ôter à la sûreté personnelle du roi son dernier garant. Sir W. A'Court suivra partout Sa Majesté Catholique. Si nous nous sommes trompés dans nos conjectures, ne nous trompons plus. Ce serait une faute politique de détacher aujourd'hui de Ferdinand notre ministre; mais que vont devenir nos réclamations, nos relations commerciales, notre influence en Espagne? etc., etc. » - Dans ces perplexités, M. Canning attend avec une impatience redoublée un courrier de Séville. Il est très-agité au fond de l'âme. En apparence, il se rapproche de ses collègues; il parle des intérêts monarchiques; il vu deux fois le roi, qui a été très satisfait de sa conversation et d'un certain retour aux anciens principes. Je ne crois pour mon compte, en ce moment, ni à la sincérité ni à la durée de ce retour.
Sed flecti poterit, mens est mutabilis iIIi.
Si mes deux dernières dépêches officielles ne vous avaient pas assez rassuré sur le prétendu emprunt des Cortès, dont vous me parlez dans votre lettré du 6., je vous dirais qu'il n'en a pas été question pendant plus de vingt-quatre heures, et que toutes les spéculations se dirigent vers notre emprunt des vingt-trois millions de rente. On dirait la guinée anglaise aimantée : car elle se tourne toujours vers le pôle vainqueur. M.