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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CL. M. de Marcellus → Chateaubriand, 20 juillet 1823, Londres

Correspondance

CL. M. de Marcellus → Chateaubriand, 20 juillet 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 2 min de lecture · p. 359–360 · chapitre 159 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 20 juillet 1823.

M. Canning est déjà jaloux de cette première conference entre les quatre puissances continentales, à laquelle vous avez assisté. « On prétend, » disait-il récemment, « que je me suis trompé sur cette affaire d'Espagne. Il vaut mieux se tromper une « fois que de se tromper deux, et il vaut mieux se • tromper deux fois que d'avouer qu'on s'est trompé * une. »

C'est dans ces subtilités énigmatiques que vont se noyer les grands intérêts des nations. M. Canning s'est obstiné à considérer notre triomphe comme sa défaite, et tout ce qui diminuerait nos succès comme un adoucissement à ses amertumes.

Il est temps de jeter un regard sérieux Vers l'as venir, et sur le dangereux et habile ministre qui est venu se placer à la tête des destinées de l'Angleterre. Il nous faut sa chute ou sa conversion.

Il ne tombera pas. Son principal ennemi dans le cabinet, le lord chancelier, chef d'uno influence qui se meurt, décrépit lui-même, n'a pu l'exiler sur le trône des Indes. M. Peel, jeune, ferme et populaire, s'avance sans impatience vers les suprêmes fonctions qui ne sauraient lui manquer un jour. Le duc de Wellington, guerrier peu redoutable sur le champ de l'intrigue, a dû céder à l'habileté et aux talents de M. Canning. Lord Westmoreland, lord Harrowby ne sont pas ses rivaux; lord Palmerston n'est pas son antagoniste. Enfin, appuyé sur M. Robinson, clef du trésor, pivot de l'administration financière, sur lord Liverpool, dont il a entièrement captivé l'esprit, M. Canning ne tombera pas.

Il faut donc qu'il change de conduite. Essayons. Il s'agit de le rendre Européen, de Breton exclusif qu'il est. Faites reluire à ses yeux l'éclat d'une grande renommée diplomatique. Assemblez un congrès; qu'il ¡vienne y traiter à son tour des intérêts de la Turquie, des colonies américaines, de nos quatre dernières révolutions éteintes en deux ans, de la Grèce, de l'Italie, du Portugal et de l'Espagne. Il est né plébéien, que l'Europe le couvre de faveurs : que les honneurs et les cordons l'attachent à elle; inaccessible à l'or, il ne l'est pas à la louange. Enfin, réconciliez-le à ses anciennes opinions monarchiques, et veuillez me pardonner si, malgré mon âge et mon inexpérience, j'ai parlé si librement avec vous des plus hauts intérêts de mon pays. M.