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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques XXII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 10 janvier 1823, Londres

Correspondance

XXII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 10 janvier 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 2 min de lecture · p. 116–118 · chapitre 31 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

(1) Première lettre publiée par M. de Chateaubriand, dans son Congrès de Vérone.

Londres, 10 janvier 1823.

Je me suis empressé de porter à M. Canning les assurances dont vous m'avez chargé dans votre dernière lettre; je lui ai annoncé que vous désiriez, comme lui, une correspondance privée dont les résultats devaient être avantageux à la cause et aux principes que vous défendez tous deux ; et j'ai ajouté qu'il pouvait vous écrire en anglais. Il a saisi avec empressement ce projet de relations intimes, et il a rapproché son existence politique de la vôtre; il en a fait ressortir avec finesse l'étonnante ressemblance, et il en a conclu que tout devait vous lier étroitement. « M. de Chateaubriand, a-t-il ajouté, est-il aussi parvenu au ministère contre la volonté du roi? » - J'ai répondu qu'ayant longtemps vécu loin de la France, je ne pouvais connaître l'intérieur des T'Tuileries; mais qu'il existait entre vous et lui une harmonie de plus, puisque, depuis votre commune accession au pouvoir, les rois de France et d'Angleterre montraient; pour l'un comme pour l'autre, une faveur et des bontés bien plus signalées.

« Nous devons, » a dit M. Canning, « tirer un grand parti de notre union dans la circonstance présente. Nous pouvons agir d'accord à Madrid, sans paraître nous entendre, et toujours chacun dans la ligne de nos intérêts respectifs; nous parviendrons ainsi, j'en ai l'espoir, à maintenir la paix; et le bonheur du monde sera notre ouvrage. Si M. de Chateaubriand approuve ce plan, qu'il me dise dans ses lettres particulières ce qu'il attend de nous, en spécifiant aussi ce qu'il veut de la part des Espagnols; je répondrai en lui exprimant franchement ma pensée. Nous réunirons nos idées, nos projets; nous préparerons notre action à Madrid : pour réussir, elle doit être simultanée a sans doute, mais pourtant séparée. s

J'ai exprimé d'avance tout votre empressement à commencer ces rapports d'intimité. S'il m'était permis de vous communiquer aussi ma pensée, je croirais que vous pouvez user avec fruit de ces liaisons directes, et de la haute estime que je vois à M. Canning pour votre caractère. Je suis persuadé qu'en raisonnant dans sa position, en reconnaissant ce qu'exige de lui sa situation nouvelle vis-à-vis le parlement et le commerce, en repoussant officiellement, puisqu'il le faut, le principe de la question d'Espagne toute française, mais en admettant confidentiellement quelque chose de ce principe qui, au fond, nous est honorable, vous obtiendrez le concours réel el efficace de M. Canning à Madrid.

Je vous parle avec un grand abandon, livrant sans réserve mes raisonnements à votre approbation ou à votre blâme; je ne retranche rien de ma pensée quand je vous écris, et je n'y joins que l'assurance de mon dévouement illimité dans les nouveaux devoirs que vous venez de me prescrire, comme l'expression de mon respectueux attachement.

M.