Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 13 juin 1823, Londres

Correspondance

CXVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 13 juin 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 2 min de lecture · p. 294–295 · chapitre 127 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 13 juin 1823,

Toujours rien de nouveau; point de courrier de Séville. Chacun de nos progrès pacifiques à Madrid trouble le ministère britannique. J'ai tort de dire le ministère : cette désignation collective ne peut pas s'appliquer à un corps d'individus si divers dans leurs vœux. C'est donc M: Canning, lord Liverpool et M. Robinson, que le souvenir de leurs discours et de leur conduite passée alarme; les autres ministres, et le duc de Wellington Ieur tète, se réjouissent hautement de la tournure que prennent les affaires.

• Le roi s'est expliqué. « Quelques-uns de mes ministres, » a-1-il dit, « cherchent à jouer un rôle dans la Péninsule, à donner des conseils aux vaincus, et mème aux vainqueurs. Je les retiens, et je m'y oppose. Neutralité entière. Les Français sont forts ; le duc d'Angoulême est sage : laissons-les faire. Nous leur avons nui par nos paroles, ne leur nuisons pas par nos actions. »

Depuis la conversation que Sa Majesté eut avec moi dans l'audience publique, et l'article outrageux du Times qui en fut la suite, le bruit s'est répandu en Irlande, en Écosse et dans les provinces, que, comme son père, le roi était devenu fou. Georges IV le sait; et c'est en partie pour démentir ces rumeurs que, malgré un accès de goutte récent, il a paru aux courses d'Ascot, dans les environs de Windsor. Sa santé s'est considérablement affaiblie. Si même les attaques de goutte ne deviennent pas moins fréquentes et moins douloureuses, les médecins intimes pensent que l'hiver prochain pourrait être fatal au roi. C'est pour prévenir les effets de la mauvaise saison qu'on parle sérieusement d'aller prendre les eaux du continent. Ce voyage sera définitivement résolu ou rejeté vers la fin du mois.

Le comte de Ludolf, ministre de Naples, m'a parlé de l'opposition momentanée mise par sa cour à notre ingérence dans les affaires espagnoles comme d'un obstacle levé aussitôt. M. Canning connaît cet incident, et même celui d'un prétendu voyage de la reine d'Étrurie à Madrid, « Cette démarche de la a cour des Deux-Siciles, » m'a-t-il dit, a eat fanfaronne, irréfléchie, et porte un caractère tout na- « politain. Tout le flegme et la gravité de l'Autriche a ne sauraient lui donner du poids. s - Quant à moi, je ne crois pas l'intrigue austro-napolitaine entièrement terminée partout; mia ici, je vous le répète, elle n'a pu ni germer ni s'enraciner, grâce i l'union intime que mos collègues du continent cl moi nous avons constamment présentée au ministère britannique comme un bouclier inamovible, ou plutôt comme un carré qu'on ne saurait entamer.

L'intérêt publie semble se réveiller un moment ici pour la cause des Cortès; mais il ne se manifeste que par des meetings, pour tenter d'établir en leur faveur des souscriptions pécuniaires, qui ne seront ni générales ni productives. M.