Correspondance
XCVIII. M. de Marcellus → Chateaubriand, 14 mai 1823, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Hier encore, j'espérais que l'auteur du Génie, le chantre des Martyrs, le voyageur inspiré de l'Itinéraire, ferait entendre en faveur des lettres quelques accents poétiques, échappés à sa voix entre une dépêche et l'autre, et je m'apprêtais à les faire résonner, de mon côté, dans les salles du Litterary-Meeting. J'aurais voulu montrer ici, dans le prétendu perturbateur de l'Europe, l'écrivain qui l'a si longtemps charmée ; mais certaines indécisions pour désigner un président (chairman), qui enfin a été le duc de Sussex, ont empêché de connaître d'avance le jour du dîner. Il a lieu demain : il n'est plus temps de recevoir votre lettre. J'y ai suppléé tout prosaïquement par celle-ci, que j'ai adressée au trésorier, et non pas au président.
Au Trésorier de la Société instituée pour secourir les gens de lettres, Londres.
Monsieur, M. le vicomte de Chateaubriand, ministre des affaires étrangères de France, n'a point oublié à Paris les sages et honorables institutions qu'il a justement appréciées pendant son séjour à Londres. Il a conservé précieusement le souvenir de l'honneur que lui fit la Société littéraire en l'admettant, l'an passé, dans son sein; et ne pouvant, cette année, prendre part en personne aux travaux de cette salutaire association, il a désiré y concourir malgré son absence. Il m'a spécialement chargé, Monsieur, de déposer en vos mains la somme de 40 livres sterling (1000 fr.), pour être appliquée aux besoins que cette noble institution s'empresse de soulager.
Permettez-moi d'y joindre en mon nom une faible offrande de 5 guinées, et veuillez agréer, etc.
Le Vicomte DE MARCELLUS.
Vous souvient-il de ce que M. Canning disait de vous, l'an dernier, devant trois cents hommes de lettres dans ce même meeting, auquel nous assistions ensemble? « M. de Chateaubriand défendit les principes du christianisme et exposa son Génie, puis il défendit les principes de la monarchie légitime; et il arrive enfin dans ce pays pour lier les deux États par les chaînes communes de la monar chie et des vertus chrétiennes. ›- Ces paroles n'ont pas cessé d'être vraies; M. Canning oserait-il encore les prononcer?.....
Vous aurez remarqué cette phrase de lord Grey, - le rude critique de M. Canning, dans son dernier discours à la chambre des lords? « La France joue « gros jeu; mais si elle réussit, le pouvoir des Bour- « bons reposera sur une base plus solide que jamais. s M.