Correspondance
VI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 3 octobre 1822, Londres
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Cette lettre vous atteindra à Vérone à votre débotté, si elle ne vous y précède.
Soit que vous y décidiez une puissante intervention diplomatique ou une campagne, ne comptez pas sur l'Angleterre. Elle se refusera à toute mesure, même pacifique, et cachera sous l'apparence de quelques démarches sans force réelle son indifférence profonde des intérêts purement continentaux. Ce système de séparation ou d'égoïsme est imposé à M. Canning par ses amis, et surtout par son intérêt. Cet intérêt même peut le pousser à des concessions d'opinions personnelles qu'on n'eût jamais obtenues du marquis de Londonderry. Ainsi, on le verra reconnaître Columbia pour gagner le commerce, épouser la cause des Noirs pour plaire au parlement, puis suspendre son action jusqu'ici favorable à la réforme catholique. Enfin il fera tout pour accroître cette popularité à laquelle il devra son maintien, comme il lui doit son élévation.
Encore un mot de Columbia. Notre commerce, dans les ports de cette nouvelle république, ne peut-il donc lutter contre celui de l'Angleterre? Ces climats de l'Amérique n'accueilleraient-ils pas de préférence nos soieries, nos draps légers et nos vins? Les productions de nos colonies n'y trouveraient-elles pas un utile débouché, et ces colonies ne deviendraient-elles pas alors pour nous de précieux entrepôts? Pourquoi donc, par une initiative de reconnaissance, ne pas nous assurer de tels avantages ?.... M.