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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques XCVI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 13 mai 1823, Londres

Correspondance

XCVI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 13 mai 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 3 min de lecture · p. 243–244 · chapitre 105 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

(1) Lettre publiée par M. de Chateaubriand dans le Congrès de Vérone.

Londres, 13 mai 1823.

D'après ce que je vois chez les ministres et leurs amis, ce que j'entends chez l'Opposition, et d'après les observations de mes collègues, notre cause me paraît s'améliorer sensiblement. Cet effet est principalement dû, on ne peut le nier, à la modération et à l'éloquence de votre dernier discours. Notre marche triomphale en Espagne a détrompé bien des esprits, et M. Canning lui-même disait récemment que cette guerre, à peine commencée, touchait déjà à sa fin. Il ne regarde plus le succès comme douteux, et il n'a plus qu'une pensée : c'est celle de le partager. Le ministère entier éprouve ce sentiment; ils comprennent qu'ils ont besoin, pour leur popularité et leur position envers le parlement, de reparaître médiateurs et actifs sur le théâtre de la Péninsule. M. Canning a beau déclarer qu'il n'agira plus sans avoir des points fixes et des bases de négociation arrêtées; il agira à la moindre demande, et tout ce qu'il craint au monde, c'est qu'on ne se passe de lui.

Lord Melville m'assurait avant-hier qu'aucune flotte ne partait pour Gibraltar; mais six jours suffisent pour cet équipement. Les révolutionnaires exaltés seront accueillis sur les vaisseaux anglais; le roi même pourra y être conduit par eux, et de la, le cabinet de Londres traitera des institutions à donner à l'Espagne. Il faut tout prévoir, même cette bizarre complication d'événements. D'un autre côté, si on réclame l'intervention amicale de l'Angleterre, M. Canning, pour donner plus de poids et d'éclat à cette médiation, ira jusqu'à envoyer le duc de Wellington, dont il s'est moqué dans ses discours; car il veut agir à tout prix. La session va se terminer; et, s'il n'a pu défendre cette année que des plans arrêtés avant son entrée au ministère, il voudra se présenter l'année prochaine au parlement avec la pacification de l'Espagne, la reconnaissance de l'indépendance des colonies espagnoles, et peut-être du Brésil, etc., etc. Il lui faut ces succès extérieurs pour faire oublier son silence sur la question catholique et sur la réforme parlementaire.

M. Canning nous revient, monsieur le vicomte; la correspondance qu'il veut rouvrir avec vous le prouve. Éclairé comme vous l'êtes sur son caractère, vous dirigerez cette correspondance avec avantage, et dans le sens de nos vues ; il a fait quelques pas vers la modération, et, subtilisant sur un de ses discours : « J'ai sans doute exprimé des vœux pour l'Espagne, a-t-il dit, mais point pour les Cortès ; j'ai souhaité la prospérité de l'Espagne, mais non le triomphe du parti des exaltés. J'abhorre l'intervention armée de la France, » continuait-il; « elle est injuste et coupable en principe, mais je dois avouer qu'elle rend la paix plus facile et plus prochaine, et elle aura beaucoup contribué au repos intérieur de la Péninsule. »

Par ces contradictions pénibles, le ministre n'exprime autre chose que le désir d'intervenir lui-même : il feint une grande frayeur du despotisme, et il s'appuie dans ses raisonnements sur toute la haine qu'on porte unanimement ici au roi Ferdinand. Il parle fréquemment de sa destitution ou de son abdication comme possible et désirable. Vous m'avez recommandé de ne traiter ces divers points politiques que dans des lettres particulières, et je continuerai jusqu'à nouvel ordre. M.