Correspondance
CXVI. Chateaubriand → M. de Marcellus, 8 juin 1823, Paris
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Paris, 8 juin 1823.
Je ne vous ai point écrit par le dernier courrier, parce que je n'avais rien à vous dire. Je n'ai pas grand'chose à vous dire encore aujourd hui, si ce n'est que la régence va envoyer un agent à Londres, lequel, selon l'accueil qu'on lui fera, déploiera, ou non, son caractère. Sur un mot de sir Ch. Stuart, je ne serais pas étonné qu'il fût assez bien reçu. Il est probable que le roi a quitté Séville le 4, à moins qu'uu mouvement ne s'y soit prononcé; mais je ne compte pas sur ce mouvement : Jes honnêtes gens ont toujours peur : c'est leur nature.
Nous bloquerons les Cortès dans Cadix par terre, par mer; ce n'est plus qu'une affaire de temps el de patience. Il est déplorable de voir l'Angleterre suivre pas à pas les geôliers du roi, et s'enfermer avec eux dans leur prison dernière. Quel rôle! et combien cette puissante Albion s'est volontairement abaissée !
Notre emprunt va aux nues : on se l'arrache; et il y a autant d'empressement ici pour le prendre que d'empressement là-bas pour refuser l'emprunt des Cortés.
Dites-moi encore un mot de la presse de Londres; j'ai à peine le temps de jeter un regard sur celle de Paris. Vous savez que j'ai toujours aimé sa liberté, malgré les inconvénients de sa licence. Des injures ! Qu'importe? Que sont de misérables intérêts d'amour-propre auprès d'un principe inhérent au gouvernement représentatif? M. Pitt a été constamment assailli de sottises, et pourtant son nom et sa gloire demeurent. Expliquez cela de ma part à M. Canning, sans oublier de lui citer M. Pitt : il verra que je suis sincèrement ami de la charte, et quel cas je fis des insultes quotidiennes qui m'arrivent d'outre-Manche.