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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs diplomatiques CXLI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 11 Juillet 1823, Londres

Correspondance

CXLI. M. de Marcellus → Chateaubriand, 11 Juillet 1823, Londres

Souvenirs diplomatiques · 3 min de lecture · p. 343–345 · chapitre 150 sur 163

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de M. Lévy frères, 1858, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Londres, 11 Juillet 1823.

Ne craignez aucune complication dans le port de Cadix : nulle frégate anglaise n'oserait y entrer. Le gouvernement britannique respecte tous les blocus : les blocus des Grecs, les blocus des Turcs, les nôtres, ceux que formeraient la régence de Madrid, ou même la Convention espagnole, si elle en avait le pouvoir comme elle en a le désir. Ce principe de stricte neutralité, en fait de blocus, m'était expliqué hier par lord Liverpool et par le duc de Wellington de manière à ne me laisser aucune inquiétude.

M. Canning me questionna il y a quelques jours sur la nomination à Lisbonne de M. Hyde de Neuville, désigné d'abord pour Constantinople. Je me souvenais qu'il était de tout temps ambassadeur au Brésil; je partis de ce fait en disant que, sans doute, il se serait rendu en Turquie si le Portugal était demeuré fermé pour nous; mais que, le Portugal ayant été délivré du joug révolutionnaire avant que M. Hyde de Neuville eût quitté la France, il était tout naturel qu'il reprît ses fonctions à Lisbonne : c'était la conséquence toute simple de sa nomination primitive à Rio-Janeiro. Je me suis arrêté là, et j'ai parlé d'autre chose.

Le colonel Palmer et sir J. Mackintosh n'ont pu rien tirer des ministres sur les instructions données à sir W. A'Court; mais ma dernière lettre confidentielle du 4 vous en a donné le sens en entier. N'ayez aucun doute sur mon exactitude.

M. Canning perdait hier son éloquence, qui, sur ce point, n'était que de l'ergoterie, à démontrer que la déclaration de Morillo est tout à notre désavantage. Qu'y faire? Il verra toujours les choses dans. ce sens. Il témoigne néanmoins, par quelques actes, le désir de se rapprocher de nous, et de vous être agréable comme à moi. Ainsi, pour vous plaire, il s'est chargé de l'affaire de madame Rollat, qu'il a terminée comme vous le souhaitiez, et a cédé enfin à mes réclamations pour M. Moser et pour le général Desfourneaux. Mes dépêches particulières et spéciales traitent longuement ces trois points.

Les Communes s'ajournent ce soir : les questions politiques sont closes pour sept moir dans le parlement. Il n'y a plus rien à craindre de ce côté. La crise est finie : M. de Polignac peut venir. Je lui ai écrit hier pour l'engager à arriver le plus tôt possible, et je le lui répète aujourd'hui.

Vous avez lu dans ma dépêche politique, n° 111, la soirée du roi et ses menus propos, qui ont fait quel que bruit. Il m'est odieux, s dit Ulysse à Alcinoüs, d'allonger de nouveau en paroles ce que j'ai déjà raconté en détail. » Peut-être me permettrez-vous d'ajouter seulement à mes dépêches que, avant de se retirer, le roi est venu à moi; et, passant son bras sous le mien, il m'a dit, en s'appuyant et faisant quelques pas pour nous éloigner de la foule : « Je n'ai point oublié, mon cher Marcellus, votre lettre à l'occasion du Times. J'ai voulu vous dire moi-même toute ma satisfaction de vos services el de votre attitude dans tout ce qui s'est passé ici depuis six mois. En cette circonstance, le roi de France peut seul payer les dettes du roi d'Angleterre, et je le lui ai fait savoir. - A ce propos, si, dans le cours de notre correspondance, vous aviez trouvé que j'ai, trop parlé de moi en traitant des affaires publiques, la faute en est tout entière au ton de familiarité et de confiance que vous m'avez, en quelque sorte, imposé.

Souffrez que je vous remercie encore de l'avancement bien mérité que vous donnez à mes collaborateurs, MM. de Bourqueney, Desmousseaux de Givré et Billing. J'ai longtemps appelé de mes vœux ces récompenses; je les fais suivre de mes suffrages renouvelés. Vous n'avez pas oublié qu'ils ont appartenu à votre ambassade, et vous avez dit comme Énée :

Nemo ex hoc numero mihi non donatus abibit.

A la première occasion je présenterai, en sa nouvelle qualité de troisième secrétaire, à M. Canning, M. Billing, qui, seul depuis longtemps, porte avec moi toute la chaleur du jour. M.